Réforme du bac et du lycée : Entretien Bilan SOS Éducation / Atlantico !

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Posté par : SOS Éducation 11 mai 2022 Aucun commentaire

Chère amie, Cher ami,

Atlantico a demandé à SOS Éducation son analyse sur un caillou coincé dans la chaussure du ministre de l’Éducation nationale le plus stable de la 5ème République.

Vous vous en doutez, je veux parler ici de la réforme du bac et du lycée de Jean Michel Blanquer !

Cet entretien avec Atlantico a permis de faire un bilan complet de la réforme Blanquer. En voici quelques extraits :

« Cette réforme a été conçue par des énarques, des mathématiciens et des grands corps de la fonction publique, et cela s’est vu. Elle est complètement inadaptée au terrain, à tous les niveaux. »

« Elle a massacré l’enseignement des mathématiques dans le secondaire, conduisant aujourd’hui à un retour en arrière d’urgence. »

« Les dérives ont été nombreuses. Notamment sur certains enseignements relevant des sciences humaines, où la propagande de la culture woke a pris une place importante. Les programmes ont été conçus dans la précipitation. »

« En réalité, dans cette réforme, le manque de stratégie, de moyens et de clairvoyance sur la réalité de terrain a totalement dévoyé les objectifs. »

Vous pouvez découvrir cet entretien très intéressant directement au bas de cette page, ou accéder à l’article sur le site d’Atlantico en cliquant sur l’aperçu ci-dessous :

Après avoir lu l’entretien, n’hésitez pas à me faire part de vos commentaires !

2022-2027... Priorité à l’Éducation !

signature sophie auduge

Sophie Audugé,
Déléguée Générale de SOS Éducation

Atlantico : Alors que le quinquennat s’achève, quel bilan tirer de la réforme du bac de Blanquer ?

Sophie Audugé : Il faut d’abord reconnaître qu’elle n’a pas totalement pu se mettre en place compte tenu des 2 années de pandémie qui ont fait basculer l’examen national en contrôle continu, dont le niveau correspondait non pas à un seuil académique national, mais à celui de l’établissement du bachelier.

Sans surprise, le taux de réussite au bac en 2020 et 2021 a atteint des niveaux historiques et stratosphériques. Idem sur le nombre de mentions. Le bac 2020 comme celui de 2021 en a perdu toute sa valeur.

Quoi qu’il en soit, en dehors de ce contexte conjoncturel dont nous avons tous parfaitement conscience, la réforme du Bac de Jean-Michel Blanquer a été rejetée par l’ensemble du corps académique, enseignants comme chefs d’établissement. Même l’inspection générale avait émis des doutes sérieux.

Il faut aussi se souvenir que la réforme est arrivée dans un contexte déjà très tendu, avec la réforme des retraites, dans laquelle les enseignants étaient parmi les plus malmenés de la fonction publique.

Mais ce n’est pas l’unique raison. Certes, cela a sans doute mis le feu aux poudres, mais il n’empêche que le rejet a porté tant sur la structure générale de la réforme que sur les contenus et la faisabilité organisationnelle.

Cette réforme a été conçue par des énarques, des mathématiciens et des grands corps de la fonction publique, et cela s’est vu. Elle est complètement inadaptée au terrain, à tous les niveaux.

Arrivent le Covid et les confinements, qui mettent un coup d’arrêt par annulations successives des fameuses E3C d’abord (épreuves communes de contrôle continu) : impossible d’organiser des épreuves communes car aucun établissement n’est au même niveau du programme.

S’en sont suivies les annulations successives d’épreuves au fil du temps, jouant sur les nerfs des candidats, des professeurs et des familles, pour aboutir à un diplôme donné sur la foi des seules notes de contrôle continu. Une attestation d’établissement en somme.

Les résultats, on les connaît : pour le bac général en 2020, on fait sortir du secondaire 98,40 % des terminales avec le bac, et en 2021 ils sont 97,60 % ! Évidemment personne n’est dupe.

Les différences de niveau entre les lycées sont déjà bien identifiées par les établissements du supérieur accueillant les futurs bacheliers, et le système algorithmique de parcoursup (très opaque) contribue à boucler la boucle, puisque les admissions sont connues pour les meilleurs élèves avant d’avoir les résultats du bac. Le bac est ramené à une formalité administrative.

Finalement, la réforme n’a rien apporté si on s’en tient aux objectifs qui avaient été annoncés par le ministre.

Par contre, elle a massacré l’enseignement des mathématiques dans le secondaire, conduisant aujourd’hui à un retour en arrière d’urgence. Donc le bilan est mauvais.

C’est une mise à mort du baccalauréat dont on peut, avec le recul, se demander si ce n’était pas finalement la finalité non avouée recherchée. Le recours à des experts, des chercheurs et des énarques pour élaborer les programmes est une pratique qui fait sens dans l’enseignement supérieur, mais qui est inadaptée s’agissant du secondaire.

L’exigence théorique était très élevée, bien trop ambitieuse eu égard au niveau actuel des jeunes qui entrent au lycée. Alors, lorsqu’il a fallu l’appliquer au terrain, les enseignants les plus rigoureux se sont élevés sur l’incapacité à conduire une classe entière avec des niveaux totalement disparates à un tel niveau académique.

L’autre problème a été le caractère absolument non fonctionnel de la mise en place d’autant de combinaisons de spécialités dans tous les établissements, créant des disparités importantes d’un lycée à l’autre, d’une ville à l’autre.

Les dérives ont été nombreuses. Notamment sur certains enseignements, relevant des sciences humaines, où la propagande de la culture woke a pris une place importante. Les programmes ont été conçus dans la précipitation.

Une telle réforme n’aurait jamais dû être mise en œuvre à une telle distance du terrain et sans prendre le temps nécessaire, avec consultation des professeurs, d’établir des programmes adaptés.

Outre les lycées d’excellence, le niveau était trop haut. Bien sûr, il est important de retrouver le chemin de l’excellence pour notre système éducatif, et c’est d’ailleurs ce que propose SOS Éducation dans ses 30 mesures pour l’École.

Mais cela doit démarrer par une réforme structurelle profonde qui commence au CP, avec une priorité sur les fondamentaux et le retour à des méthodes efficaces, dont une réforme complète du collège, et à partir de là, le corpus des apprentissages au lycée pourra prétendre s’atteler à des enseignements de spécialité ambitieux.

Actuellement cette réforme est inaccessible et produit l’effet inverse à l’objectif, puisqu’elle aggrave les inégalités sociales, laissées en jachère du CP jusqu’à la fin du collège.

Atlantico : La trop grande diversité des menus et options proposés était-elle irréaliste ? Dans un communiqué de 2019, vous soulignez qu’ avec « 12 spécialités, on peut faire plus de 220 combinaisons possibles » et que cette réforme était une usine à gaz ?

Sophie Audugé : Les menus de toutes les options n’étaient pas disponibles dans tous les lycées. L’organisation du système n’était pas faisable, hormis dans des très grands lycées.

Les lycées prestigieux, ceux adossés à une classe préparatoire par exemple, se sont adaptés vite et bien. Ils ont choisi les spécialités qui correspondaient aux besoins de leurs élèves et aux champs d’expertise de leur corps professoral.

D’autres établissements ont fait ce qu’ils ont pu avec les moyens du bord, à savoir le niveau de leurs élèves et la possibilité de leur équipe enseignante de prendre en charge tel ou tel enseignement de spécialité.

En réalité, dans cette réforme, le manque de stratégie, de moyens et de clairvoyance sur la réalité de terrain a totalement dévoyé les objectifs.

Les spécialités sont pour beaucoup d’un niveau trop élevé et les professeurs ne sont pas tous en capacité de fournir l’enseignement demandé, ce qui rajoute une part d’arbitraire selon les établissements.

Un professeur de géographie n’est pas nécessairement capable de donner un cours de sciences politiques. Le choix des spécialités se fait souvent par défaut.

Au final, la réforme du Bac de Jean-Michel Blanquer s’avère être une orientation par les notes et pas du tout en fonction des souhaits et des appétences des élèves. Les notes, les effectifs et les spécialités disponibles, voilà les trois paramètres de l’équation dans une majorité de cas.

Les parents qui ont essuyé les premières années de la réforme le savent bien. Certains, mieux informés, ont d’ailleurs pris les devant en investissant massivement dans des cours privés pour garantir les bonnes notes sur les spécialités voulues par leur enfant, en fin de seconde et en fin de première.

Pour ceux qui le peuvent, le choix de l’établissement fait partie intégrante de l’équation, pour les autres, et bien… Ils ne seront sans doute pas énarques ni grands mathématiciens, mais ils prendront surtout un grand coup au moral avec le sentiment d’avoir été placés en « seconde classe » du train pour la réussite de tous, vanté par le ministre de l’Éducation nationale et par le président de la République.

Atlantico : La philosophie même de la réforme, avec notamment une spécialisation très précoce des enfants, est-elle problématique ?

Sophie Audugé : Dès la fin de la troisième, on commence à demander à un élève quelles matières il aime pour lui dire d’investir ses efforts dans ces dernières en vue du choix d’option. C’est une pression supplémentaire pour les élèves. Entre 14 et 15 ans, en seconde, il est encore très difficile pour la majorité des élèves de choisir sa voie, et l’orientation par défaut est souvent de mise.

Mais ce qui est le plus critiquable, il nous semble, c’est que l’objectif d’un choix plus large de spécialités pour initier les jeunes à des domaines de savoirs nouveaux en vue de mieux cibler leur projet professionnel, et donc l’orientation post bac, est passé complètement à la trappe.

Rappelons que c’était là l’un des objectifs majeurs de cette réforme, face au constat que 60 % des bacheliers échouent en première année du supérieur, et que parmi eux, une grande partie change d’orientation à l’issue de cette première année.

Le problème de cette réforme est qu’ils ont voulu proposer des spécialités qui sont moins des matières que des champs d’études supérieures. Ce n’est pas une mauvaise idée au départ, et le pari de permettre une meilleure orientation pour plus de réussite post-bac est intéressant sur le papier.

Mais derrière cette finalité théorique, il y a une réalité factuelle qui s’inscrit dans un historique de plusieurs décennies de mauvaises décisions pour l’école. En premier lieu, évidemment, le collège unique, la fin du redoublement, les 80 % d’une classe d’âge au bac, et leur corollaire : une grave dégradation du niveau des bacheliers.

Aujourd’hui on a le sentiment que nos gouvernants n’ont rien appris de ces mésaventures et poursuivent droit dans le mur. Après avoir dégradé le bac, ils veulent orienter presque 100% des bacheliers vers le supérieur. Cela n’est pas faisable.

Les conséquences, on les connaît : certaines filières du supérieur ne valent déjà plus rien! Des étudiants diplômés d’un bac + 3, 4 voire 5 ne sont pas capables d’avoir une pensée construite structurée ou de produire une note d’analyse de 2 pages sans fautes d’orthographe ou de syntaxe.

L’effet obtenu est donc l’exact contraire de celui annoncé : une pression immense sur les enfants dès la troisième, et un bachotage ciblé sur les spécialités les plus attendues selon les critères des établissements du supérieur…

Ces derniers n’ont d’ailleurs absolument rien fait pour s’adapter à la réforme : ils poursuivent comme ils l’ont toujours fait, en cherchant à recruter les meilleurs élèves, en les jugeant sur les matières les plus exigeantes au niveau académique, parmi lesquelles, les maths ! CQFD.

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