Ne jetez pas les notes à la poubelle !

Madame, Monsieur,

Notre ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse a décidé vendredi dernier de ne pas tenir compte des notes obtenues pendant le confinement.

Cette décision nous semble contre-productive et injuste.

Pourquoi ?

Depuis le début du confinement, tout le monde a pu mesurer l’incroyable élan de solidarité d’une multitude d’acteurs : citoyens, institutions publiques et privées, associations…

Enseignants en poste et retraités, parents, grands-parents, étudiants, se sont mobilisés pour apporter leur aide bénévole aux élèves et aux familles, à travers des cours de soutien, des cours formels…

Ce sont ces milliers d’initiatives solidaires, et l’engagement de tous les acteurs de la communauté éducative, qui permettent de mieux vivre cette période de confinement, et d’assurer la continuité pédagogique.

Car au quotidien il faut concilier l’angoisse diffuse pour soi et pour ses proches avec la nécessité de ne pas sacrifier l’année scolaire des enfants.

Au-delà des quelques notes concernées, ce sont le symbole et le message donné par cette décision qui posent de nombreuses questions.

– Les élèves, premiers concernés, ont pour beaucoup joué le jeu ; quel message leur envoie le ministre avec une telle annonce ? On ne change pas les règles en cours de jeu ! Une note est une note. Si on ne compte pas les notes, alors on n’en met pas.

– Les enseignants qui ont adapté leur pédagogie, se sont formés à de nouveaux outils, ont redoublé d’efforts, faisant souvent avec leur propre matériel, donnant leur numéro de téléphone et leur adresse e-mail personnels… Cela leur aurait fait gagner un temps précieux de ne pas avoir à noter numériquement les devoirs d’une classe de 30 élèves, voire plus. Il fallait simplement dire dès le début, “on continue les apprentissages, mais sans notes”.

– Et les parents écartelés entre le travail à distance et le cadrage des apprentissages de leurs enfants, entre les serveurs surchargés et les injonctions contradictoires, ils n’y comprennent plus rien !

Il n’y a aucune raison que les enseignants, les élèves et les parents se trouvent aujourd’hui dans cette situation finalement culpabilisante qui sous-entend que ceux qui ont eu des bonnes notes n’ont aucun mérite.

Le ministre de l’Éducation nationale ne peut pas rétroactivement balayer d’un revers de la main les notes données et reçues !

Je signe la pétition !

Alors bien sûr, les élèves, les enseignants et les parents qui veillent à la continuité pédagogique, ne le font pas pour les notes, mais bien pour poursuivre les apprentissages.

Il fallait dès le départ expliquer que cette continuité pédagogique devrait se faire sans notes, et ne pas crier haut et fort qu’il y aurait du travail et des devoirs à remettre, et que tout le dispositif de travail à distance était parfaitement opérationnel !

Nous savons que l’évaluation finale, le contrôle, est une part importante de la motivation des élèves. Elle est l’aboutissement d’un long cheminement qui passe par les leçons, puis les exercices d’application.

La note du contrôle symbolise pour l’élève la reconnaissance du chemin parcouru. C’est ainsi dans la culture française.

Annuler les notes pendant le confinement, c’est prendre le risque que certains abandonnent avant d’arriver au bout du chemin.

Et puis après, comment enseignants et parents vont-ils faire pour motiver les élèves à se mettre au travail dans les semaines à venir ? Et si le confinement dure au-delà du 4 mai…

Il faut bien maintenir un système d’évaluation des acquis avant de passer d’un chapitre à l’autre !

Bien sûr, les élèves qui n’ont pas la possibilité d’étudier correctement pendant le confinement sont pénalisés.

Oui, cette période de confinement accentue encore les inégalités sociales et scolaires.

Mais pourquoi les élèves qui sont dans des conditions favorables pour travailler devraient-ils être pénalisés par cette situation ?

Enlever le mérite d’un travail actif aux élèves assidus ne va pas modifier les conditions d’apprentissage de ceux qui n’ont pas la possibilité de l’être.

En annulant les notes, on ajoute de l’injustice à l’injustice !

Le remède est pire que le mal car on justifie l’absence de continuité pédagogique.

Et c’est bien cela qui n’est pas acceptable.

L’école doit garantir jusqu’à 16 ans l’instruction obligatoire.

Le Ministère doit trouver les solutions pour prendre en charge tous les élèves.

Il doit identifier ces enfants qui ne bénéficient pas des conditions favorables pour continuer les apprentissages. C’est son rôle et son devoir.

Ces enfants, connus de leurs professeurs, devraient être pris en charge. Des solutions existent.

À commencer par le CNED, service public d’enseignement à distance, dont c’est la mission.

Il est aussi possible de leur assurer un enseignement “classique” comme nous parvenons à le faire pour les enfants du personnel hospitalier.

Les bénévoles ne manquent pas pour apporter leur aide à ces enfants. Une centaine de personnes de la communauté SOS Éducation, dans toutes les matières et tous les niveaux de classe, se sont portées volontaires.

Ce n’est pas en supprimant les notes de certains élèves que ceux qui ont besoin d’aide pour poursuivre leurs apprentissages seront pris en compte !

Car la véritable question à laquelle il faudra bientôt répondre est celle-ci :

Au moment de la reprise des cours, comment va-t-on pouvoir reprendre le fil des apprentissages si une partie des élèves a pu avancer, et que les autres sont restés sur le bord de la route ?

C’est pourquoi SOS Éducation est pour que les notes, s’il y en a, soient comptées.

Mais aussi et surtout pour que le Ministère prenne en charge les enfants qui ne bénéficient pas des bonnes conditions pour poursuivre les apprentissages.

C’est ce qu’on attend de sa part. D’autant que les apprentissages de cette année scolaire ont également été impactés par les grèves des retraites.

Pour toutes ces raisons, SOS Éducation a décidé de lancer une pétition à l’attention du ministre.

Nous demandons que les notes obtenues pendant le confinement soient comptabilisées en appliquant le coefficient des devoirs maison. Car ce sont des devoirs maison !

Évidemment, les circonstances sont exceptionnelles.

1/ Nous proposons de ne retenir que les notes au-dessus de la moyenne.

2/ Aucune sanction pour les élèves qui n’ont pas rendu les devoirs.

Comme pour tous les devoirs maison, il est possible que certains élèves aient été aidés.

Dans le contexte actuel, faisons-en un avantage : remercions les parents qui aident, au lieu de les culpabiliser et de pénaliser leurs enfants.

Cela libère du temps aux enseignants pour apporter plus de soutien et d’appui à ceux qui n’ont pas la possibilité de se faire aider à la maison.

Les enseignants connaissent mieux que personne leurs élèves, ils savent faire la part des choses. Ils savent quand il est utile de faire une évaluation, et s’il convient de la noter.

Ils disposent d’une multitude de moyens pour faire gagner des points bonus aux élèves méritants. Ils sauront en faire bon usage.

Restons positifs et faisons confiance à nos enseignants.

Et remettons les choses à leur place : ce n’est pas parce qu’ils donnent une note à un élève, qu’ils pénalisent celui qui n’en reçoit pas.

Au contraire, celui qui n’a pas pu rendre le devoir pourra mieux être identifié et accompagné.

Ce qui prive l’élève de recevoir une note, c’est l’absence de continuité pédagogique. Ne nous trompons pas de combat !

Pour lire et signer la pétition, cliquez sur le bouton ci-dessous :

Je signe la pétition !

Mobilisez vos proches : transférez cet e-mail à tous les enseignants, parents, grands-parents, et collègues que vous connaissez. Vous pouvez aussi poster le lien de cette pétition sur les réseaux sociaux :

Je partage cette pétition

Un immense merci de ce que vous pourrez faire pour tous les élèves ainsi que leurs parents et leurs enseignants, afin que leur engagement soit reconnu et qu’ils poursuivent leurs efforts.

Priorité à l’éducation !

Signature Sophie Audugé

Sophie Audugé,
Déléguée Générale de SOS Éducation