École à la maison : quel bilan après 6 semaines ?

Entretien exclusif avec Eric Charbonnier, analyste éducation à l’OCDE

École à la maison : quel bilan après 6 semaines ?

SOS Éducation analyse les impacts de la pandémie de Covid-19 sur les politiques éducatives, avec Éric Charbonnier, expert à la direction de l’éducation à l’OCDE, et référent des études PISA et TALIS.

SOS Éducation : Bonjour Eric Charbonnier, merci d’avoir accepté cet entretien.

Pendant la période de confinement, il a été difficile de faire le tri entre les enjeux sanitaires, politiques, économiques et d’éducation, parmi les différentes communications et décisions de gestion de crise concernant l’école.

Les parents et les enseignants se sont trouvés plusieurs fois désemparés face aux différentes communications

La fracture sociale, scolaire et numérique s’est accentuée avec l’enseignement à distance, marquant davantage les inégalités d’un enfant à l’autre, d’un établissement à l’autre, d’un territoire à l’autre. Certaines décisions cherchant à en limiter les impacts ont finalement eu un effet contraire. 

La décision de ne pas prendre en compte les résultats pendant le confinement a eu un impact négatif sur la motivation des élèves. A contrario les actions mises en place par certains établissements, contactant directement les parents des enfants, ont eu un effet levier efficace, mais elles n’ont pas été généralisées

Concernant la réouverture progressive des écoles, le fait de commencer par les crèches, les maternelles et les écoles primaires, a soulevé beaucoup d’interrogations et de doutes  Présentée comme une action prioritaire pour raccrocher les “décrocheurs” de l’école, l’extrême exigence du protocole sanitaire autant que le principe de volontariat laissé aux familles ont rapidement mis en cause la réalité de ce but socio-éducatif.

Quelle est votre analyse après 6 semaines de pratique de l’école à la maison en France ?

SOS Éducation :

Que pensez-vous de la stratégie de réouverture des écoles en France ?

SOS Éducation : Au bout de 6 semaines d’école à la maison, le dispositif est jugé satisfaisant, opérant, pour une majorité d’enseignants et de parents.  

Mais derrière ce satisfecit général se trouvent de grandes disparités dans le suivi et la régularité des enseignements. 

Nous regrettons notamment le manque de transparence et plusieurs failles dans la communication. 

De nombreux parents se sont trouvés sans enseignant sur certaines matières, sans en avoir été informés par le chef d’établissement. 

Sans cette information, les parents ont dû se débrouiller seuls.

Certains ont tenté de s’en sortir en se rendant sur le site du Cned.

Mais le service public d’enseignement à distance a montré ses limites et s’est avéré à l’usage vraiment très perfectible.

Les côtés positifs en matière de coopération et les progrès du numérique à l’école, ne doivent pas faire oublier les difficultés rencontrées dans la gestion opérationnelle.

Quelle est votre analyse de l’enseignement à distance mis en place en France ?

SOS Éducation :

Concernant plus spécifiquement la réouverture des écoles, quelles sont les stratégies choisies et les logiques de décision dans les autres pays ? Y a-t-il un modèle dominant qui se dégage ?

SOS Éducation : Le débat en France se déroule davantage au niveau sanitaire, mais la question des enjeux éducatifs va devoir être posée. Les enseignants s’accordent sur le fait que  ⅔ des élèves auront moins avancé durant la période d’enseignement à distance, avec une grande disparité dans les connaissances acquises.

Quelle est la place donnée aux enjeux éducatifs dans  les stratégies des autres pays ?

SOS Éducation : Nous nous interrogeons sur le fait que les enseignants n’aient pas d’ordinateurs professionnels mis à disposition par les établissements, ni de plateforme informatique commune pour les ressources pédagogiques numériques. 

Les enseignants ont majoritairement utilisé leur matériel personnel et développé par eux-mêmes, souvent en dialogue avec des collègues, leurs propres outils. 

Les résultats positifs obtenus ont beaucoup reposé sur la bonne volonté des enseignants qui ont travaillé sur leur équipement personnel.

Est-ce le même fonctionnement  dans les autres pays ? Et pour conclure, quels enseignements faut-il retenir de cette période pour améliorer notre système éducatif ?

Toute l’équipe de SOS Education remercie chaleureusement Éric Charbonnier pour ses réponses !

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Pour aller plus loin…

Eric Charbonnier nous invite à nous rendre sur le site de l’OCDE où un espace a été dédié à la lutte contre le coronavirus (COVID-19)Dans cet espace, se trouve tout un ensemble de documents de comparaisons internationales et de blogs sur les stratégies qui sont mises en place par les pays. L’OCDE travaille avec l’université d’Harvard, avec laquelle elle a développé des questionnaires envoyés à tous les dirigeants du monde. Éric Charbonnier précise que cela ne peut pas réellement constituer un échantillon représentatif, mais cela donne des informations sur les pays, et sur leur stratégie de gestion de cette crise. 

Dans les prochains jours, l’OCDE va publier un dossier complet sur la gestion de la crise sur le volet des politiques éducatives dans lequel se trouveront des réponses plus étayées aux questions suivantes : quand les écoles ont-elles été fermées ? Quelle était la stratégie ? Était-ce, comme en France, toutes les écoles ? Ou bien, comme dans certains pays, certains niveaux d’éducation seulement ? Quand les écoles ont-elles décidé de réouvrir ?  Avec quelles conditions de sécurité pour cette réouverture ?… Tout un ensemble d’informations qui vont permettre d’affiner notre analyse de la situation. 

5 Réponses

  1. Anna

    Bonjour, je pense que l’éxpérience est très interessante. Mais les enfants du collège et du lycée ont besoin du professeur en presentiel car dans le contexte de l’education les élèves ont besoin des cours des explications du cours et de l’affectif pour developper le coté cognitif très important dans le développement de l’enfant….

    Ps: la réouverture des écoles en France? En vue d’une mise au point pourquoi pas? Mais je pense qu’il faut du temps…pour s’y abituer au changement j’éspère positif en tenant compte de l’ENFANCE! DES COLLEGIENS ET DES Lycéens! Et de la figure primordiale du prof en presentiel à mon avis est esentielle! La personne en tel qu’individu pensant, qui réfléchit , qui agit comme individu et pas seulement avec sa raison mais qui s’exprime dans toute façon (y compris ses sentiments, ses emotions, son esprit)….

  2. La personne interrogée est trop restée sur des généralités.
    Je suis enseignant en retraite.
    J’ai eu le privilège insigne d’avoir été guidé sur des voies pédagogiques très fécondes par les revendications d’élèves en difficulté en sciences physiques et chimiques.
    Mes performances en classe et en soutien scolaire l’ont amplement démontré.
    Aucun des principes que j’ai découvert en apprentissage ne m’avaient été présenté pendant ma formation d’enseignant. Aucun n’avait fait l’objet d’épreuves dans les examens et concours de recrutement en formation des maîtres.
    Ce sont ces secrets qu’il faut partager. Pas du blabla.

  3. Gombey

    Pour apporter mon témoignage. Les professeurs n’ont pas envoyé de “cours” mais des “devoirs” . Pour des parents non formés où trouver les aides pour faire ce travail ? Ensuite il y a des familles qui n’ont pas d’ordinateur ! Parfois une tablette et un téléphone mais pour renvoyer le travail fait ,il fallait être trrrrès motivé ! Et puis tant d’enseignants ont dit que rien ne serait noté. C’est totalement méconnaître là psychologie des enfants !

  4. Rogeon Emmanuel

    Un exposé informatif intelligible sur ce qui a été proposé comme enseignement et sur son utilité toute relative au moment de ce confinement ; et une mise en avant de l’outil numérique, à partir de l’utilisation qui vient d’en être faite, pour proposer des pistes pour parer aux difficultés rencontrées en présentiel traditionnel. Ce genre de réflexions est bien sûr important, pour amender le terrain de l’instruction de ceux qui s’y investissent et en veulent un meilleur fonctionnement.

  5. Monsieur,Madame,
    Vieux grand père, je demeure malgré tout très attentif à toutes ces questions d’école,ayant été délégué “parents d’élève” (PEEP)lorsque c’était mon devoir de parent, aimant et attentif préoccupé par l’avenir d’abord scolaire de nos quatre filles, et, ensuite par leur avenir de personnes,citoyennes françaises. L’éducation nationale, qui, à mon humble avis, aurait dû conserver le beau et valorisant titre “d’instruction publique” ce qui aurait le mérite de clarifier son rôle pour les parents , l’éducation des enfants demeurant leur priorité et leur devoir;l’obligation de l’instruction demeurant confiée à L’état par souci d’égalité et non d’égalitarisme,l’éducation nationale française,dis-je, continue à demeurer toujours aussi rigide et peu encline à prendre en compte la psychologie évolutive et changeante des enfants à elle confiés, dans cette société qui refuse tout repère en particulier moral,mais surtout spirituel, comme si la personne humaine n’était pas un tout, comme si il était nécessaire de “la couper en tranches” pour la comprendre et l’aider à prendre son essor.