Entretien avec une enseignante de « Espérance banlieues »

Entretien avant la réouverture des écoles
Entretien avec une enseignante de « Espérance banlieues »

Entretien avec une enseignante de « Espérance banlieues »

Entretien avec une enseignante en école privée hors contrat en Île-de-France (Espérance Banlieues)

Concernant la continuité pédagogique

SOS Éducation : Comment votre école s’est-elle organisée concernant la “continuité pédagogique” ?

Enseignante : Dès le départ on s’est projeté jusqu’aux vacances de Pâques, et chaque prof s’est dit quel rythme suivre et quel outil utiliser. Moi j’ai choisi l’outil Toute mon année, je l’utilisais pour partager des photos au départ et du coup je me suis mise à l’utiliser pour toute la période de confinement “l’école à la maison”. Par contre mes collègues n’avaient pas d’outil. Oon s’est posé la question d’une plateforme commune, moi je me suis mise à utiliser plusieurs fonctionnalités de la plateforme Toute mon année et les autres ont choisi Google Classroom. 

SOS Éducation : Quelles directives avez-vous reçu de votre direction ? Et de la part de l’inspection ? 

Enseignante : Pas de contact de l’inspection ; de notre direction, l’idée était de pouvoir assurer la continuité pédagogique ; proposer un rythme assez similaire à celui de la classe pour continuer à donner un cadre aux enfants ; être disponible aux horaires de classe (8h30-12h, 13h30-16h30) ; suggestion de ne pas faire de nouvelles notions pendant les ~10 premiers jours de confinement pour ne pas « perdre » les enfants, mais instaurer un rythme ; proposer de conserver nos réunions hebdomadaires, par duo (équivalent Zoom) pour pouvoir continuer à travailler main dans la main ; être à l’écoute des difficultés possibles des parents dans la mise en place de l’école à la maison.

SOS Éducation : Comment l’annonce de la “continuité pédagogique” a été-t-elle perçue par l’ensemble du corps enseignant ? 

Enseignante : Le corps professoral a tout de suite été en ligne avec cette idée de continuité pédagogique. Notre priorité était, pour le bien de nos élèves, de pouvoir assurer la classe, malgré les contraintes de la distance, et de pouvoir accompagner au mieux les parents d’élèves dans cette mise en place de l’école à distance. 

SOS Éducation : Est-ce que l’organisation a été compliquée à mettre en place ?

Enseignante : De manière générale, même avant le confinement, l’esprit de l’école est d’avoir un lien de proximité avec les parents, nous avions des contacts très réguliers déjà auparavant. Cela n’a pas été un grand bouleversement pour eux, le confinement. Déjà en temps normal, les parents qui ont une difficulté sont incités à nous appeler quand il y a un problème avec leurs enfants et on les aide à distance pour une leçon ou un exercice, un devoir… Donc la mise en place a été assez naturelle. 

SOS Éducation : Tous les enseignants ont-ils pu assurer les cours à distance ?

Enseignante : Oui

SOS Éducation : Comment les choses se sont mises en place sur le plan organisationnel ?

Enseignante : Avant le confinement, on n’était pas du tout sur ce mode de fonctionnement sur des outils informatiques car nous n’avons aucun ordinateur et aucun écran à l’école, en classe ce sont les manuels et cahiers. Le vendredi, avant confinement, on a demandé aux enfants de repartir avec tout leur matériel et leurs cahiers. Le lundi suivant, j’ai pu préparer certaines photocopies et imprimer des exercices que j’avais préparés. J’ai pu les donner aux parents par le portail avec le lot de bûchettes et d’élastiques pour continuer le travail de numération. On a aidé les parents à la mise en place de ces outils que les enseignants utilisaient, donc pour moi la plateforme Toute mon année et pour mes collègues, Google Classroom, et cela a été plus facile que ce qu’on imaginait. Sous 48h tous les parents ont réussi à mettre leur code. D’autres enseignants ont choisi un mode plus direct en envoyant chaque jour les cours et les devoirs par vidéo ou whatsapp. Pour garder le rythme on a un rendu par jour. Les parents doivent nous transmettre une photo du travail du jour via whatsapp. Pour nous, il était aussi important de conserver un esprit d’école et notamment le matin on a un rassemblement avec chant de la marseillaise et levée du drapeau, une mise en avant des enfants méritants… et donc tous les matins par vidéo ou en vocal notre directeur reproduit un semblant de rassemblement de journée… pour que l’esprit de l’école continue. Cela permet vraiment de se rendre “présent à l’école”. Le fait de continuer à faire cet appel au drapeau, de féliciter tel élève pour un beau travail en maths par exemple, de mettre en avant des apports extrascolaires…  On a pu renforcer le sens du service… valoriser d’autres activités… 

SOS Éducation : Aviez-vous tous les éléments nécessaires (sur le plan pédagogique mais aussi sur un plan matériel) pour mener à bien la continuité pédagogique ?

Enseignante : Oui

SOS Éducation : Quel matériel avez-vous utilisé (mis à disposition de l’école, le vôtre personnel, un prêt… / idem concernant la connexion internet) ?

Enseignante : Les PC portables de l’école (pour les professeurs) ; les manuels et le matériel pédagogique de l’école (bûchettes pour la numération) ; connexions internet privées à la maison, mais cela n’a posé de problème à personne, que ce soit pour les professeurs ou pour les élèves

SOS Éducation : Quels moyens avez-vous utilisés pour être en contact avec les familles, vos élèves… ?

Enseignante : La plateforme Toute mon année, vidéos, appels téléphoniques et un rendu chaque jour des parents qui envoient par photo whatsapp le travail de la journée. Dans les outils qu’on utilise beaucoup, pour moi c’est la vidéo, on s’était dit que ce serait possible de faire des classes en direct mais ce n’est pas adapté donc on a choisi d’utiliser la vidéo et l’audio. Ce qu’ont fait aussi beaucoup de mes collègues, pour une notion en particulier on se filme et on met la vidéo sur la plateforme choisie, les parents la consultent et la ré-expliquent aux enfants, ou bien ce sont directement les enfants en autonomie qui la regardent.

SOS Éducation : Quels systèmes, logiciels, applications avez-vous utilisés pour communiquer vos cours, exercices… ?

Enseignante : Par mail, whatsapp et vidéos

SOS Éducation : Étiez-vous déjà à l’aise avec ces outils ?

Enseignante : Oui 

SOS Éducation : Avez-vous été formé ? Si oui, comment ? Par qui ?

Enseignante : Pas de besoin de formation particulier, nous utilisions la plupart des plateformes. Pour ce qui est de Google Classroom, la seule plateforme que nous n’utilisions pas, elle nous a été présentée par notre directeur.

SOS Éducation : Avez-vous développé vos compétences sur cet outil pendant le confinement ?

Enseignante : Oui, j’utilisais la plateforme Toute mon année seulement pour le partage de photos et maintenant j’utilise plein d’autres fonctionnalités. Pour les vidéos je me suis initiée au montage pour les rendre plus présentables et plus stimulantes aux élèves.

SOS Éducation : Allez-vous poursuivre l’usage de certains outils en classe ?

Enseignante : A priori au retour nous reprendrons les usages que nous faisions déjà de ces technologies : Toute mon année, whatsapp…

SOS Éducation : Que vous ont appris, apporté ces changements de mode de travail ?

Enseignante : Une grande adaptabilité aux circonstances !

 

Concernant l’assiduité des élèves

SOS Éducation : Tous les élèves de votre classe ont-ils suivi vos cours à distance et ont-ils remis les devoirs demandés ?

Enseignante : La première semaine du confinement, c’était la mise en place du rythme sur les 14 élèves de ma classe, 10 ont pris rapidement le rythme, certains plus ou moins spontanément me sollicitent régulièrement, et il y en a 4 ou 5 qu’il a fallu raccrocher, on sent la disparité d’accompagnement entre les familles. Notamment ceux qui ont 5 enfants, dans des environnements de logement limité. Il faut que tous les enfants soient accrochés au wagon. On sait de toute manière que tous les enfants ne disposeront pas forcément des mêmes conditions pour suivre l’intégralité du programme et qu’il faudrait certainement nous adapter aux contraintes de chacun. 

SOS Éducation : Combien d’élèves ne se sont pas manifestés ? Sur combien d’élèves au total ?

Enseignante : 1 ou 2 élèves sur 14. En fait, ce n’est pas qu’ils ne se sont pas du tout manifestés ; mais plutôt par rapport aux autres élèves avec qui nous avons assez rapidement le retour quotidien des devoirs, pour ces deux élèves les envois étaient très irréguliers (~un ou deux retours incomplets par semaine), avant les vacances de Pâques.

SOS Éducation : Avez-vous pu joindre les familles ?

Enseignante : Oui

SOS Éducation : Avez-vous pu en remettre certains au travail ?

Enseignante : En fait d’être en face à face avec la maîtresse, cela a permis de remettre l’élève au travail. Du coup je me suis fixée comme objectif de les avoir au moins 1 fois en individuel pour une séance de travail par jour. Pour être sûre qu’il y ait au moins un temps de travail dans la journée. Pour les 1 ou 2 élèves qui ont du mal à tenir le travail sur 14 on fait du suivi individuel. Au retour des vacances de Pâques grâce à ce système nous avons un retour quotidien des tous les élèves (avec quelques exceptions ponctuelles, mais dans ce cas les devoirs sont rattrapés le lendemain ou le mercredi ou week-end).

SOS Éducation : Ces élèves sont-ils également des décrocheurs en classe ?

Enseignante : Non

SOS Éducation : Avez-vous des élèves en situation de handicap dans votre classe ? Si oui, combien ? 

Enseignante : Non

SOS Éducation : Avez-vous pu organiser des points réguliers avec les parents ?

Enseignante : Oui, tous les jours ils envoient les travaux de leurs enfants par whatsapp 

SOS Éducation : En étaient-ils demandeurs ?

Enseignante : Les familles à l’aise avec l’accompagnement scolaire en ont demandé plus pour occuper les enfants. Les familles débordées m’ont dit que c’était trop et donc je me suis adaptée aux exigences des familles.

SOS Éducation : Avez-vous modifié la nature des exercices et devoirs demandés du fait que les élèves pouvaient s’aider de leur cours, ou bien se faire aider par les parents ?

Enseignante : Exigence un peu au-dessus de la moyenne et on ajuste en fonction des familles notre message, mais par exemple j’ai gardé un contrôle de maths le mardi et je demande aux parents de le faire en conditions réelles qu’on puisse continuer à noter. J’ai le sentiment qu’ils jouent bien le jeu, au moins le jour du contrôle ils le renvoient. La collègue de CE2 a gardé 2 contrôles (sur 3 par semaine normalement) dont un à l’oral, elle donne une liste de questions et les enfants s’enregistrent, c’est moins lourd à gérer qu’un écrit supplémentaire et cela fonctionne bien. 

SOS Éducation : Avez-vous noté les devoirs maisons rendus ?

Enseignante : Oui, j’ai continué de noter les enfants. 

SOS Éducation : Par notes ou par compétences ?

Enseignante : Par notes.

SOS Éducation : Avez-vous ajusté votre notation à la situation particulière des élèves. Si oui, par rapport :  

  • au niveau que vous connaissez de l’élève
  • au niveau d’aide que vous pensez qu’il a eu
  • au mérite du fait des conditions intrafamiliales que vous connaissez
  • à l’assiduité au travail

Enseignante : On ajuste la notation en fonction de la situation intrafamiliale, le soin apporté au travail… on va noter l’oral et les écrits du quotidien et nous ajusterons ces notes toute la durée du confinement. 

SOS Éducation : Avez-vous senti un relâchement, une baisse de l’assiduité après l’annonce du ministre Jean-Michel Blanquer sur le fait que les notes ne seraient pas comptées dans les bulletins ?

Enseignante : Le fait qu’on soit hors contrat, on fonctionne différemment. Les petits travaillent si la maîtresse est présente et si maman et papa sont présents. Ils ont compris que le rythme est tellement proche de l’esprit habituel de notre école que cela continue. On n’est pas dépendant, notre école est vraiment dans la continuité pédagogique, même à distance. 

SOS Éducation : Avez-vous le sentiment que vous avez pu avancer normalement dans le programme ? Plus vite (vous êtes en avance), plus lentement (vous êtes en retard)

Enseignante : Les deux premières semaines de confinement nous n’avons fait que du renforcement des notions et pas de nouvelles notions abordées, donc j’ai mis ma progression en pose. J’ai un retard de 10-15 jours sur ma progression pédagogique. En maths je vais faire le programme mais il y aura peut-être des chapitres qu’on verra plus rapidement et qu’ils referont en classe supérieure. 

Je pense qu’on a fait moins que si on avait été en classe. La priorité était de s’ajuster à ces circonstances exceptionnelles, le premier but est que chacun puisse prendre ce rythme. Une fois qu’on a accroché tout le monde, j’ai fait un choix sur les chapitres vraiment essentiels, certains chapitres ont été davantage mis de côté. Le cœur du programme sera fait. Les élèves continuent de progresser. En français on avait un bon rythme et j’ai pu continuer sur cette lancée : 2 phonèmes par semaine, malgré deux élèves qui ont plus de difficultés, et pas d’accompagnement à la maison. Je n’ai pas eu besoin d’adapter. J’ai accompagné directement ces deux élèves. Ainsi on tiendra le programme de français sans aucun retard.

SOS Éducation : Avez-vous le sentiment que les évaluations que vous avez pu mener à distance vous permettent de juger si vos élèves ont acquis ou pas les connaissances attendues ? 

Enseignante : Par rapport aux évaluations faites en classe : à peu près autant.

SOS Éducation : Avez-vous pu varier les activités demandées du fait justement de travailler à distance ? Par exemple quelle activité avez-vous pu donner à faire qui n’aurait pas été possible en classe ?

Enseignante : Les collègues de CM1 et CM2 ont des élèves qui se sont filmés en faisant leurs séances de sport et ensuite c’était proposé au reste de la classe. Ma collègue de CM1 a proposé de faire des exposés… Pour ce qui me concerne, j’ai continué mes leçons de chose et je suis allée regarder les sites que j’ai l’habitude de consulter le blog “le petit cartable de Sanleane” ; “bout de gomme”… Et mon directeur qui fait l’éducation civique et morale fait pareil, tout ce qui est aspect culturel français est très important dans notre école. Par ailleurs, en classe j’avais un petit temps de lecture suivi du feuilleton d’Hermès et cela nous donnait la possibilité d’ouvrir à beaucoup de choses, donc là tous les jours je poste ma lecture en vidéo et ensuite les enfants m’envoient leurs photos ou dessins que je mets ensuite sur la plateforme Toute mon année. Le jour de la reprise après les vacances d’avril une élève a envoyé une photo avec « bonne reprise à tous », c’était sympa, beaucoup de parents jouent le jeu et envoient des photos … en train de travailler, de donner un coup de main à maman… des vidéos d’enfants qui chantent la marseillaise le matin : pour certains d’entre eux toute la famille joue le jeu et ensuite mon directeur fait des montages vidéo, et on les partage.

SOS Éducation : Si vous deviez évaluer le temps de travail, vous diriez que vos élèves ont dû passer combien de temps à travailler par jour (pour maternelle, primaire), sur votre matière par semaine (pour collège) à comparer avec quelle durée de cours ?

Enseignante : 2h30 – 3h de travail quotidien par élève, la plupart des familles ont adopté ce rythme de travail, avec généralement un travail scolaire le matin et l’après-midi d’autres activités.

SOS Éducation : Avez-vous remarqué des différences de comportement chez vos élèves ? Angoisses, peur… ?

Enseignante : Pas particulièrement.

 

Concernant votre temps de travail

SOS Éducation : Diriez-vous que votre temps de travail a été plus élevé, moins élevé, ou identique par rapport à celui nécessaire en classe ordinaire ?

Enseignante : On a gardé le rythme de l’école démarrage à 8h30, on envoie nos messages aux parents, on est disponible aux horaires d’ouverture de l’école. On demande aux parents de renvoyer le travail fait avant 16 h 30 mais dans les faits c’est plutôt jusqu’à 18 h. Durant la journée je suis en train de préparer ma classe des jours suivants soit je suis en ligne avec des enfants, 2 ou 3 appels entre 25 minutes et 1 heure, et le travail qui arrive au fil de l’eau, je fais des retours personnalisés pour pouvoir les encourager, si par exemple j’ai des enfants qui sont en difficulté sur un geste graphique, je prends le temps de me filmer pour montrer comment bien faire le geste. Donc la journée de travail est de 8 h 30 à 17 h 30 c’est moins intense qu’une journée de travail à l’école car je n’ai pas les 1h30 de transport habituels, donc de ce point de vue c’est plus souple mais par contre concernant le travail d’adaptation des cours c’est plus long, je passe du temps à m’approprier de nouveaux outils : cela impose un vrai rythme mais pas plus soutenu que d’habitude, il est autant soutenu. 

SOS Éducation : Quel a été le rôle des parents ? Que leur avez-vous demandé de faire ? Combien de temps pensez-vous qu’ils devaient passer par jour pour veiller à l’assiduité de leur enfant ? 

Enseignante : Il faut être vraiment très vigilant sur la communication aux parents. On gère des fichiers de suivi des élèves pour noter là où on en est, on relance les parents au bon moment, par écrit ou par téléphone… on entre dans la sphère de l’intime, au quotidien et en temps normal le suivi de l’élève reste sur un degré professionnel, alors que dans cette situation de confinement, nous on est chez nous et eux sont chez eux. Heureusement que la relation de confiance avec les parents a été créée depuis le début de l’année. On a un degré supplémentaire dans cette intimité.  

Temps de travail 2 h 30 à 3 h par jour, travail scolaire le matin et l’après-midi autres activités. J’ai dit aux parents : “je vous dirai les 2 ou 3 objectifs qui sont à atteindre impérativement”. 2 mères n’ont pas pu gérer, pour ces deux-là j’ai fait le suivi : 1 heure par jour.

Concernant l’école à la maison

SOS Éducation : Quelle est la plus grande difficulté que vous avez rencontrée pendant cette période de confinement ?

Enseignante : Pas vraiment une difficulté, mais un point d’attention : savoir trouver la juste posture vis-à-vis des parents, ni trop pour ne pas mettre la pression, envahir l’espace de la famille ; ni trop peu en étant disponible auprès des parents et des enfants quand on sent un élève en difficulté ou quand on sent un parent débordé par le rythme de l’école à la maison.

SOS Éducation : Quels sont les enseignements que vous avez pu en tirer ?

Enseignante : La relation parents est vraiment au cœur de notre pédagogie ; travailler main dans la main avec eux, pour le bien de l’enfant. Nous avons à cœur de faire vivre cette relation de confiance et de travail avec les parents au quotidien ; des situations inédites comme le confinement nous confortent dans cette idée qu’il est indispensable de travailler avec eux au jour le jour.

SOS Éducation : Si vous deviez donner 3 à 5 points positifs de cette situation ?

Enseignante : Les enfants qui ont un très bon accompagnement à la maison (4 à 5) font de très gros progrès plus que ce qu’ils auraient pu faire en classe, ils ont le même rythme voire plus rapide que le rythme de la classe, il n’y aura pas d’effet négatif du confinement pour eux. Cela aura été plutôt bénéfique. 

SOS Éducation : Si vous deviez donner 3 à 5 points négatifs ?

Enseignante : Pour les enfants avec un accompagnement moindre à la maison l’effet est négatif. Pour 1/3 des enfants de la classe le travail avec un encadrement très présent à la maison finalement c’est profitable pour les apprentissages. Mais pour les 2/3 pour lesquels le rythme est moins efficace à distance, il y aura un manque dans les apprentissages à combler l’année prochaine.

 

Concernant la reprise

SOS Éducation : Êtes-vous favorable à la reprise de l’école le 11 mai prochain ? Pourquoi ?  Appréhendez-vous ce retour ?

Enseignante : Je suis plutôt favorable pour les familles et les élèves c’est un rythme qui n’est pas facile à gérer et à tenir, les conditions de vie ne sont pas favorables et je pense que c’est une bonne chose. La seule chose qui m’interroge : Combien de parents seront prêts à envoyer leurs enfants à l’école ? Donc combien d’enfants seront présents ? Quel va être mon rythme d’instit ? Est-ce qu’il va falloir faire classe et continuer également à distance, la préparation n’est pas la même, et donc double tâche et double journée + les 1h30 de transport ? C’est sur ces aspects là que cela m’interroge mais pour le bien des parents et des familles je pense que c’est mieux. Pas d’appréhension particulière, simplement ces interrogations.

SOS Éducation : Retournerez-vous faire classe ? Pourquoi ?

Enseignante : Oui bien sûr ! C’est mon rôle, je souhaite continuer à accompagner au mieux mes élèves et je fais confiance à ma direction pour organiser la reprise de manière à ce que les règles sanitaires soient respectées et nous participerons au mieux à la mise en place de toutes ces règles

SOS Éducation : Pensez-vous que le taux d’absentéisme sera très important dans votre établissement ? 

Enseignante :

  • Coté enseignants ? Si oui quel pourcentage à votre avis ? Tous les enseignants seront présents
  • Coté élèves ? Si oui quel pourcentage à votre avis ? pour le moment pas encore de visibilité, l’organisation de la reprise est encore en cours
  • Quels profils d’élèves seront présents selon vous ? Pensez-vous que les élèves qui ont été “perdus” pendant le dispositif de l’école à la maison seront présents ? Avec la mise en place de suivis individuels, aucun élève n’a été perdu pendant le temps du confinement. 

SOS Éducation : Êtes-vous favorable au volontariat des familles pour envoyer leurs enfants à l’école ? 

Enseignante : Pour nous, les parents sont les premiers éducateurs de leurs enfants, aussi nous respecterons le souhait de certaines familles de ne pas remettre leurs enfants tout de suite.

De notre côté en tout cas, nous nous emploierons à organiser le retour à l’école avec toutes les précautions possibles, comme recommandé par le gouvernement afin que les parents puissent renvoyer leurs enfants avec confiance.

SOS Éducation : Pensez-vous qu’il faut imposer à certaines familles le retour de leurs enfants à l’école, en fonction de l’assiduité ?

Enseignante : Pas d’avis sur la question, le lien étant maintenu avec toutes les familles, nous ferons en tout cas au mieux pour le suivi de tous les élèves pour la suite.

SOS Éducation : Pensez-vous que pour les élèves assidus et les parents qui le demandent le maintien de l’école à la maison est une bonne solution pour éviter le nombre d’élèves par classe ?

Enseignante : Comme nous avons déjà des effectifs réduits (max. 15 par classe) et des locaux spacieux, nous ne sommes pas concernés, il me semble.

SOS Éducation : Pour ceux qui ne seront pas présents, pensez-vous possible de continuer l’enseignement à distance, en même temps que le cours en présentiel ? 

Enseignante : Nous sommes encore en cours d’organisation pour la reprise, pour assurer le meilleur suivi pour tous les élèves.