Entretien avec une directrice d'école « Montessori »

Entretien avant la réouverture des écoles
Entretien avec une directrice d'école « Montessori »

Entretien avec une directrice d’école « Montessori »

Entretien avec une directrice d’école « Montessori » privé hors contrat en Île-de-France

SOS Éducation : Comment s’est passée l’école à la maison dans votre établissement ?

D. E. : Elle a été mise en place dès le mardi 17 mars, à j+1 de la mise en confinement.

Cela a demandé à toute l’équipe d’inventer de nouvelles modalités pédagogiques, la création de contenus facilement transmissibles pour les familles, sans l’appui du matériel pédagogique, conçus en fonction des 4 tranches d’âge accueillies, en français et en anglais.

Très rapidement et chaque semaine, nous avons programmé des visioconférences, en groupe classe et individuelles, avec les enfants et les éducatrices, ainsi que des moments musicaux, pour danser et chanter. Entretenir un lien vivant avec les enfants et les parents, nous a semblé un point essentiel lors de confinement

SOS Éducation : Tous vos enseignants sont-ils parvenus à assurer leurs cours ?

D. E. : Oui, progressivement, les contenus ont été conçus à tour de rôle, ainsi que l’animation de sessions en visioconférence. Nous avons formé notre équipe à l’utilisation de ces outils numériques, un petit pas pour la technologie mais un pas de géant pour nos éducatrices Montessori.

Nous sommes très fières de notre équipe qui a réussi à transformer sa pratique d’éducatrice,ancrée dans un matériel d’une grande puissance pédagogique et dans le réel du quotidien avec les enfants, en un enseignement à distance d’une grande qualité.

SOS Éducation : Tous les élèves ont-ils pu suivre avec assiduité ? Si non, combien d’élèves ne sont pas parvenus à suivre en mode “école à la maison”?

D. E. : D’après les retours des familles, la plupart des enfants ont suivi le programme proposé.

Enseigner est un vrai métier, et le cumul de télétravail des parents avec le fait de faire travailler les enfants, a représenté pour beaucoup de familles un véritable défi, nous en avons bien conscience, pour l’avoir vécu également.

Le rythme a été difficile à trouver au démarrage (comme pour tous d’ailleurs) mais nous avons veillé à les accompagner au mieux, en leur proposant notamment des RDV individuels.

SOS Éducation : Avez-vous eu des retours réguliers des parents ? Qu’est-ce qui s’est bien passé ? et moins bien passé ?

D. E. : Les parents nous ont fait part de manière très spontanée des éventuelles difficultés rencontrées, de leurs situations familiales, ce qui nous a beaucoup touchées et nous a permis de mieux les comprendre.

Nous avons pour habitude d’être très réactives aux mails de nos familles et avons essayé de continuer à l’être pour eux.

Le lien est donc resté vivant pendant le confinement. Nous avons eu de nombreux témoignages positifs également, des encouragements (qui nous ont donné des forces) et des feedback/ retours d’expérience des activités proposées. Les éducatrices ont également pu communiquer directement avec les familles grâce à la mise en place d’une adresse e-mail dédiée à l’équipe pédagogique.

Nous avons compris que certaines familles étaient en grande difficulté, du fait de cumuler travail et enfants à la maison. Nous avons été particulièrement attentives à ces situations.

SOS Éducation : Comment avez-vous reçu l’annonce du président de la République de la réouverture des écoles ? Pourquoi ?

D. E. : De manière très positive car nous croyons que l’école est un lieu de vie essentiel pour les enfants. Il est constitutif d’un équilibre très important avec le milieu familial, il incarne l’ouverture et la connaissance, deux éléments essentiels à leur développement. Et puis les enfants se sentent bien à l’école, ils y retrouvent des personnes qui leur sont chères, leurs amis, une routine qui les ancre, mais aussi beaucoup d’autres choses qu’on ne soupçonne pas (odeurs, sensations, rituels, etc.).Tout cela appartient à leur monde.

SOS Éducation : Comment cela a-t-il été perçu par vos équipes ?

D. E. : De manière positive il me semble, mais non sans une certaine angoisse quant à la réalité sanitaire. Très en amont, nous avons commandé tout le matériel nécessaire à la protection de tous. La mise en place d’un protocole strict a également structuré la reprise de manière à rassurer les esprits. Enfin, la semaine en amont de la reprise, nous nous sommes entretenus en équipe avec notre psychologue scolaire. Cela a fait du bien à tous, replaçant les enjeux de la reprise à l’endroit de la sécurité affective, du plaisir et du lien avant toute ambition purement pédagogique. Nous nous sommes imposées de rester humbles et raisonnables face à la situation, nous avançons doucement mais sûrement dans cette reprise. Un pas après l’autre.

SOS Éducation : Qu’est-ce qui vous inquiète ?

D. E. : Que le virus, malgré toutes nos barrières, s’infiltre en douce dans l’ école et viennent fragiliser notre communauté (familles et équipe 123).

Évidemment, nous craignons que les familles se retrouvent en difficulté sur le plan matériel et qu’elles se retrouvent malgré elles à devoir faire le choix de retirer leur enfant de l’école. C’est pourquoi nous cherchons à trouver un maximum de solutions pour soutenir les familles, individuellement.

SOS Éducation : Avez-vous déjà pu consulter vos équipes ? Combien de vos enseignants sont d’accord pour reprendre ?

D. E. : 100 % de l’équipe des 2/3

75 % des 3/6 (avec 2 éducatrices restées à la maison en raison de leur grossesse, et les autres en raison de contraintes familiales – garde d’enfants).

SOS Éducation : Avez-vous eu des contacts avec les parents d’élèves ? Sont-ils favorables à une reprise ?

D. E. : La majorité des familles a repris le chemin de l’école. C’est pour cette raison que nous accueillons les enfants 2 jours et demi par semaine, afin de constituer des groupes de moins de 10 enfants par classe.

D’autres familles souhaitent revenir dans un deuxième temps, au mois de juin.

SOS Éducation : Pensez-vous qu’il y aura un absentéisme important côté élèves ? Si oui, combien en pourcentage ?

D. E. : Peu nous concernant parmi les familles qui souhaitent revenir.

SOS Éducation : Selon vous, la reprise progressive des écoles le 11 mai est-elle une bonne ou mauvaise chose ? Pourquoi ?

D. E. : Positif, dès le 12 mai, les portes de nos deux écoles étaient ouvertes. Les familles sont très reconnaissantes et soulagées, les équipes sont incroyables et ravies de retrouver leurs classes.

Les enfants de retour sont très heureux d’être là et cela donne du sens à cette reprise.

SOS Éducation : Quelles sont les mesures sanitaires que vous pensez pouvoir mettre en place ?

D. E. : CF notre protocole d’accueil transmis aux familles en amont de la rentrée.

SOS Éducation :

  • Distance :
  • Désinfection des sanitaires, des surfaces et sols, des objets :
  • Port du masque : enfants ? enseignants ? personnel ?
  • Gants :
  • Cantine :
  • Dépose et récupération des enfants
  • Combien d’enfants pensez-vous qu’il est possible, réaliste, d’accueillir dans une classe ?

D. E. : Nous suivons les directives du gouvernement. 10 est un nombre raisonnable en effet, surtout pour deux éducatrices qui encadrent chaque groupe.

SOS Éducation : Pensez-vous maintenir les récréations ?

D. E. : En petits groupes oui et en proposant des jeux ciblés aux enfants comme le parachute (nous en avons deux à l’école). Les éducatrices seront davantage force de proposition. En revanche, nous savons que le risque zéro en matière de contact n’existe pas. Il s’agit d’enfants, nous ne souhaitons ni ne pouvons contraindre leur liberté de mouvement outre mesure…

SOS Éducation : Et les activités périscolaires ? Sportives ?

D. E. : Notre professeur de sport propose des cours en tout petit groupe, chaque jour dans l’école.

Le mercredi après-midi nous organisons des ateliers d’art, de musique et chant. Toutes ces activités font partie intégrante de notre pédagogie, il nous semblait donc très important de les proposer aux enfants.

SOS Éducation : Pensez-vous qu’il sera possible pour les enseignants de gérer des enfants en classe et d’autres à distance ?

D. E. : ous avons dû recruter afin de renforcer nos équipes, pour continuer d’assurer l’école en classe et l’école à la maison.

Nous avons une éducatrice dédiée à la coordination du home schooling et qui n’est pas en présentiel et une assistante administrative qui gère les différents envois aux familles (fiches pédagogiques et lien de connexion aux visios).

Nous avons dû démultiplier notre activité en un temps record, en inventant de nouvelles procédures, un vrai défi !

SOS Éducation : Ceux qui ne veulent pas venir, pensez-vous qu’ils pourront poursuivre « la classe à la maison » ?

D. E. : Nous allons tout faire pour, en soutenant davantage les parents qui restent les premiers moteurs de ce maintien du home schooling. Nous travaillons à améliorer la présentation des fiches par des vidéos qui contextualisent l’activité dans le programme général et le sens que cela a pour l’enfant.

SOS Éducation : Quelles sont vos attentes et vos besoins pour que tout se passe bien ?

D. E. :

  • Que notre équipe se sente soutenue et sécurisée. Elles savent que nous sommes à leur écoute.
  • Que les parents puissent avoir confiance en notre organisation, les enfants le ressentent.
  • Que les enfants adoptent progressivement mais sûrement les nouveaux aménagements effectués dans notre fonctionnement.
  • Que l’État ne nous oublie pas du fait de notre statut hors contrat, les enfants de nos écoles sont des enfants de la République comme tous les autres !
  • Que l’État nous donne des directives claires et sûres pour tous.

SOS Éducation : Quelles sont vos principales craintes ?

D. E. : Se retrouver confinés à nouveau, avoir des membres de la communauté enfantine malades.

SOS Éducation : Quelles sont vos recommandations, ou vos suggestions ?

D. E. : Échanger autant que possible sur nos situations individuelles et collectives, s’entraider, se soutenir et respecter tous les gestes barrières indispensables pour le moment.