Entretien avec un chef d'établissement à Vimy

Entretien avant la réouverture des écoles
Entretien avec un chef d'établissement à Vimy

Entretien avec un chef d’établissement à Vimy

Entretien avec un chef d’établissement privé sous contrat à Vimy

SOS Éducation : Comment s’est passé l’école à la maison dans votre établissement ?

Chef d’établissement : Nous n’avons rencontré aucune difficulté. J’avais fait une formation en accéléré aux enseignantes sur les supports numériques à utiliser. Nous avons évité la multiplication des supports pour faciliter le suivi des familles. Tout fonctionne à partir d’envois via les boîtes mail. Nous avons maintenu les horaires d’établissement pour la continuité pédagogique. Chaque vendredi, j’envoie une lettre aux familles. 

SOS Éducation : Tous vos enseignants sont-ils parvenus à assurer leurs cours ?

C.E. : Oui, sans aucun souci. J’ai une équipe fédérée et dynamique. Nous étions ressources les unes pour les autres. Nous échangeons sur un groupe whatsapp quotidiennement. Chaque mardi après-midi, nous sommes en réunion sur zoom. Nous avons même pu maintenir nos équipes éducatives avec les familles à distance. 

SOS Éducation : Tous les élèves ont-ils pu suivre avec assiduité ? Si non, combien d ’élèves ne sont pas parvenus à suivre en mode “école à la maison” ?

C.E. : Nous avons l’adhésion de tous. J’ai demandé également de contacter les familles rapidement si les retours s’arrêtaient. Pour nos élèves à BEP, il y a des zooms individuels. 

SOS Éducation : Avez-vous eu des retours réguliers des parents ? Qu’est-ce qui s’est bien passé ? et moins bien passé ?

C.E. : Oui, des retours positifs et réguliers remerciant l’investissement de l’équipe. 

SOS Éducation : Comment avez-vous reçu l’annonce du président de la République de la réouverture des écoles ? Pourquoi ?

C.E. : Je m’attendais à cette annonce. Par contre, ce que je trouve épuisant, c’est d’être informée par les médias, l’inconstance des mesures annoncées. Ex : La base du retour des GS, CP et CM2 annoncée est balayée. Nous préparons, anticipons et il faut à chaque fois, tout revoir. Maintenant, il s’agit de rédiger le protocole sanitaire de l’établissement. C’est lui qui va fixer le cadre, le nombre d’élèves, le nombre de groupes présents, les garderies des enfants des parents en première ligne, la restauration, l’accès à l’établissement. Il va falloir aussi s’interroger sur nos responsabilités engagées en cas de contamination… 

SOS Éducation : Comment cela a-t-il été perçu par vos équipes ?

C.E. : L’ensemble de l’équipe reprend en présentiel. Elles se sentent sécurisées par le cadre que je leur propose. Par contre, elles ont du mal à se projeter avec les alternances de groupes, la continuité pédagogique à poursuivre. Je pense que c’est en le vivant que nous saurons. Surtout que peut-être en septembre, ce sera toujours notre réalité. La problématique a changé : on ne parle plus d’après, mais comment vivre avec le Covid. 

SOS Éducation : Qu’est-ce qui vous inquiète ?

C.E. : Je pense aux familles et à la nouvelle adaptation que nous allons demander. Deux jours d’école en présentiel, deux en distanciel … Cela va être un casse-tête pour les jours sans école. Dans l’école, surveiller et appliquer les gestes barrières va être un vrai défi de tous les instants, notamment chez les plus jeunes. Je suis volontaire dans les gardes des enfants des soignants. J’ai bien vu : en maternelle, c’est difficile. Autre point, l’entrée et la sortie : c’est un regroupement. Les masques… quand va t-on les recevoir ? Nous en avons cousu, par anticipation, une cinquantaine

SOS Éducation : Avez vous déjà pu consulter vos équipes ? Combien de vos enseignants sont d’accord pour reprendre ?

C.E. : Toutes reprennent. Nous avons déjà travaillé dans ce sens le lendemain de l’allocution du Premier ministre. 

SOS Éducation : Avez-vous eu des contacts avec les parents d’élèves ? Sont-ils favorables à une reprise ?

C.E. : J’ai fait un sondage à l’aide de Google Forms. 50 % pour et 50 % contre. J’ai 190 familles. Il me manque encore une trentaine de réponses. 

SOS Éducation : Pensez-vous qu’il y aura un absentéisme important côté élèves ? Si oui, combien en pourcentage ? 

C.E. : (N’a pas répondu à la question)

SOS Éducation : Selon vous, la reprise progressive des écoles le 11 mai est-elle une bonne ou mauvaise chose ? Pourquoi ?

C.E. : Pour ma part, je pense que je ne serai prête que le 25 mai. Le temps est trop court pour rédiger correctement le protocole sanitaire, aménager l’établissement, recevoir l’ensemble des besoins en protection et hygiène. Par contre, oui cela doit être très progressif. Il s’agit d’apprendre à vivre pour toute une communauté les gestes barrières. De plus, les groupes classes vont être en “huis-clos” : pas de brassage de groupe. Il faut commencer avec peu de groupes et petit à petit accueillir pour le bien commun de tous. 

SOS Éducation : Quelles sont les mesures sanitaires que vous pensez pouvoir mettre en place :

C.E. :

  • Distance : Les classes vont être réaménagées – récréations décalées (ouf ! j ai deux cours de récréation) – restauration services décalés
  • Désinfection des sanitaires, des surfaces et sols, des objets : oui et il est convenu que les enseignantes désinfectent les tables régulièrement.
  • Port du masque :
    • enfants ? si l’enfant en a un ;
    • enseignant ? oui ;
    • personnel ? oui.
  • Gants : en restauration et entretien oui – sinon, non d’ailleurs ce n’est pas recommandé.
  • Cantine : plusieurs services – désinfection entre chaque service
  • Dépose et récupération des enfants : je pense faire un dépose minute pour éviter le regroupement devant l’école. J’ai demandé l’aide de la gendarmerie. 

SOS Éducation : Avez-vous d’autres commentaires, recommandations à faire ?

C.E. : Je pense qu’il nous faut changer notre regard. L’objectif est d’accueillir en garantissant des conditions optimales sanitaires. Le risque 0 n’existe pas. Il est essentiel que les parents soient en accord avec le protocole sanitaire avant le retour de leur enfant. Ce retour à l’école est un engagement. Et surtout, il va falloir être dans une écoute active, permettre à nos élèves et familles de déposer la parole. Ce confinement a été traumatisant pour beaucoup. L’école doit les accompagner sans se substituer à un psychologue bien entendu. Ces quelques jours d’enseignement jusqu’au 4 juillet vont revenir sur les apprentissages de la continuité pédagogique. Les groupes vont être articulés en groupes de besoin. Il s’agit de réduire les inégalités mais aussi de ne pas pénaliser l’enfant qui a réussi à intégrer l’ensemble des notions à distance. Là, c’est aussi un vrai challenge.