Entretien avec un chef d'établissement à Orléans

Entretien avant la réouverture des écoles
Entretien avec un chef d'établissement à Orléans

Entretien avec un chef d’établissement à Orléans

Entretien avec un chef d’établissement privé catholique sous contrat à Orléans.

SOS Éducation : Comment s’est passée l’école à la maison dans votre établissement ?

Chef d’établissement : Pour nous il ne s’agit pas tant « d’école à la maison » que de « continuité pédagogique ». C’est-à-dire de poursuite d’exercices et d’acquisition dans une forme renouvelée parfois bien éloignée des habitudes. Nous luttons contre la formule « manuel scolaire » avec « lire page X et faire l’exercice page X ».

SOS Éducation : Tous vos enseignants sont-ils parvenus à assurer leurs cours ?

C.E. : Oui, tous avec beaucoup d’implication sauf quelque-uns touchés par le virus pendant quelques jours.

SOS Éducation : Tous les élèves ont-ils pu suivre avec assiduité ? Si non, combien d’élèves ne sont pas parvenus à suivre à distance ?

C.E. : Nous avons prêté du matériel ici ou là. La bonne volonté y est côté élèves. Les familles sont très actives. Les enseignants contactent au téléphone les familles des élèves « absents », c’est-à-dire non réactifs : ne renvoyant pas de travail, familles ne répondant pas aux mails.  En secondaire, la chose était au début la difficulté d’appropriation des outils « Pronote », internet etc. Des personnels assistent les familles en ligne : CPE, référent informatique, secrétaire. Nous avons pris le parti de répondre personnellement à chaque message et de suivre téléphoniquement les familles en retrait. Ils s’entretiennent avec les élèves eux-mêmes au collège et au lycée.

SOS Éducation : Avez-vous eu des retours réguliers de la part des parents ?

C.E. : Oui, énormément

SOS Éducation : Comment avez-vous reçu l’annonce du président de la République de la réouverture des écoles à partir du 11 mai ?

C.E. : Personnellement j’avais envisagé cette hypothèse mais je pensais que les classes à examens seraient privilégiées puisque les élèves seront évalués sur le contrôle continu. C’est-à-dire les notes du 3° trimestre au retour du confinement. Je me préparais à une réouverture en septembre pour les autres.

SOS Éducation : Comment cela a-t-il été perçu par vos équipes enseignantes et le personnel de l’établissement ?

C.E. : La concentration de la reprise sur l’école maternelle et primaire pour l’instant préoccupe les personnels quant aux questions de distanciation et de nettoyage des classes. Nous serons attentifs à la circulation de la parole entre adultes et avec les jeunes. Présence de la psychologue, de l’infirmière et des équipes pastorales.

SOS Éducation : Avez-vous déjà pu consulter vos équipes ? Combien de vos enseignants sont en mesure de reprendre les cours en classe ?

C.E. : Au primaire, le contact a toujours été régulier. Nous avons deux classes par niveau. Deux enseignants ont des problèmes de santé qui les obligent à rester au domicile.

SOS Éducation : Avez-vous eu des contacts avec les parents d’élèves ? Sont-ils favorables au retour en classe ?

C.E. : 52 % y sont favorables.

SOS Éducation : Pensez-vous qu’il y aura un absentéisme important du côté des élèves ? Si oui, à quel pourcentage vous attendez-vous ?

C.E. : Nous procédons par inscription auprès des volontaires. Nous ne parlerons pas d’absentéisme mais « d’élèves domiciliaires » ou « d’élèves distanciés ». Nous souhaitons respecter le souhait des familles sans culpabiliser. Il me semble que la question pour les familles est davantage liée aux conditions de la reprise des activités professionnelles des parents, ce qui est légitime. Nous encourageons les familles qui n’ont pas d’autre mode de garde pour reprendre leur job de nous confier les enfants. La vraie question pour nous étant de ne pas nous transformer en garderie mais d’assurer l’enseignement à l’école et en même temps la continuité pédagogique des domiciliaires.

SOS Éducation : Quelles sont les mesures sanitaires que vous pensez pouvoir mettre en place : 

  • Distance ?
  • Désinfection des sanitaires, des surfaces et sols… ?
  • Port du masque : enfants ? enseignants ? personnel ? 
  • Port de gants ?
  • Cantine ?
  • Dépose et récupération des enfants ?

C.E. : Nous respecterons les consignes et nous adapterons notre règlement intérieur élèves et adultes ; nous avons créé un comité d’hygiène (conseil de direction et cadres de l’établissement + représentants du personnel) qui travaille sur ces questions.

Nous « réinventons » la file indienne pour les élèves (file unique garantissant la distance entre les élèves), marquage au sol y compris dans la rue en cas d’attente (points de couleur tous les mètres !)

SOS Éducation : Pensez-vous pouvoir maintenir les récréations ? Et les activités périscolaires ? Sportives ?

C.E. : Oui de manière décalée, comme pour le passage aux WC avec surveillance accrue. Sport oui, plutôt relaxation, exercices au sol, préparation d’un flash mob etc., en respectant le plan de classe (toujours avoir les mêmes voisins). Inquiétude autour de la restauration scolaire. Chez nous pas d’activité périscolaire avec la mairie mais garderie et études maintenues en cas de nécessité impérieuse.

SOS Éducation : Pensez-vous qu’il sera possible pour les enseignants de gérer des enfants en classe et d’autres à distance ?

C.E. : C’est l’énorme sujet du jour ! Dans les faits – à l’école –  nous allons envoyer aux domiciliaires ce qui est fait en classe. Mais la formule n’est pas satisfaisante. Nous évoluerons. Au collège, les élèves domiciliaires auront un dossier de travail spécifique basé sur l’écrit. Les élèves qui viendront auront accès à une pédagogie davantage basée sur l’oral.

SOS Éducation : Quelles sont vos attentes et vos besoins pour que tout se passe bien ?

C.E. : Nécessité d’avoir de l’aide en personnel ou en bénévoles pour l’accompagnement des déplacements, WC, récréations.

SOS Éducation : Quelles sont vos recommandations, ou vos suggestions ?

C.E. : À l’école : ne pas ouvrir pour tous les niveaux si cela n’est pas possible ou si c’est trop anxiogène pour les équipes. Présence des équipes de direction, psychologues, infirmières, aumôniers lors des ré-accueils successifs pour accompagner les adultes et les jeunes.

SOS Éducation : Avez-vous des craintes ?

C.E. : Pour les chefs d’établissement et du point de vue juridique : respect des prescriptions administratives quand c’est possible. Pouvoir le justifier quand c’est impossible.  Garder une trace écrite (mails, courriers, photos, affiches) et constituer un dossier de la gestion de la crise à archiver pour pouvoir attester avec précision de ce qui aura été mis en place en cas de mises en cause par les familles ou les personnels.

Caractère propre de l’établissement : nous maintenons le lien avec des activités pastorales, des temps forts pour les élèves notamment pour ceux qui se préparaient à une étape de vie chrétienne (baptême, profession de foi, etc.). Nous préparons des fiches de ré-accueil des personnels et des élèves pour un questionnement collectif et individuel et un regard à partir de la parole de Dieu (Ancien ou Nouveau Testament) : lecture de textes + partages et réflexion en petits groupes.