L’addiction aux écrans

L’addiction aux écrans

Les « digital natives » ou « enfants du numérique » : c’est ainsi qu’on appelle la génération de nos enfants pour qui ordinateurs, téléphones, tablettes et autres engins numériques n’ont rien de sorcier…

Est-ce une chance pour eux de baigner ainsi dans le numérique dès leur naissance ?

S’ils le maîtrisent « naturellement », ils se font aussi plus facilement maîtriser par lui.

Selon une étude Ipsos de 2017 (étude pour Bayard-Milan et Disney Hachette Presse), les enfants passent de plus en plus de temps sur internet : les 1-6 ans y consacrent 4h37 par semaine (vs 2h10 en 2012, soit plus du double en seulement 5 ans!) ; les 7-12 ans, 6h10 (vs 4h00 en 2012), et les 13-19 ans, plus de 15h par semaine (presque 3 heures de plus qu’en 2012).

Mais que font-ils donc tout ce temps sur internet ?

95% des 7-19 ans regardent des vidéos (YouTube est devenu le réseau social le plus fréquenté par les 13-19 ans) ; plus de 70% des jeunes téléchargent des contenus et plus de 50% les consultent en streaming.

Depuis une vingtaine d’années, nous assistons à l’invasion sans précédent des écrans dans nos vies : il est urgent d’accompagner et orienter avec prudence nos enfants et surtout de les sensibiliser aux risques que ces outils peuvent engendrer.

En juin dernier, l’addiction aux écrans a été reconnue comme une maladie à part entière par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Les écrans peuvent en effet s’avérer particulièrement nocifs.

Voici une liste non exhaustive, des risques potentiels en cas de consommation abusive  :

  • Retard du langage : certains enfants arriveraient en CP avec à peine 500 mots de vocabulaire
    Impact sur le sommeil : la lumière des écrans trouble la sécrétion de mélatonine et retarde l’endormissement ;
  • Impact sur le comportement : de nombreux médecins et scientifiques mettent en relation l’abus d’écrans et un déficit de l’attention et de la concentration, une augmentation de l’agressivité ainsi qu’une diminution de l’aptitude à se calmer ;
  • Impact sur l’apprentissage de l’écriture : l’utilisation abusive des écrans tactiles impacterait le développement de certains muscles des doigts, indispensables à la tenue d’un crayon
    Risque accru de surpoids, d’obésité et de diabète de type 2.

Pour commencer, les parents doivent montrer le bon exemple et éviter de passer trop de temps sur les appareils numériques. N’oublions pas que nos enfants sont des vraies éponges et qu’ils apprennent en nous imitant !

Aux USA, l’Académie américaine de pédiatrie (AAP) a émis, en octobre 2016, un document intitulé « Media and Young Minds » : elle rappelle que les enfants de moins de 2 ans ont besoin avant tout, pour développer leurs compétences socioémotionnelles, linguistiques, motrices et cognitives, d’interagir avec leur entourage et le monde physique.

En France, la personnalité la plus connue sur la question est le psychiatre Serge Tisseron, qui a établi en 2008 la règle des « 3-6-9-12 ». Si l’association française de pédiatrie ambulatoire (AFPA) a repris ces balises, elle précise que « l’enfant n’a pas besoin d’une tablette pour se développer. »

Parmi les autres réfractaires, Michel Desmurget, docteur en neurosciences et directeur de recherche à l’INSERM, précise que « les écrans n’ont aucun effet positif sur le développement émotionnel ou cognitif de l’enfant, qui a besoin d’humain et d’interaction (manipuler des cubes, jouer avec des enfants et ses parents, s’ennuyer) ».

En mars 2017, Anne-Lise Ducanda, médecin de terrain en PMI a posté une vidéo sur YouTube pour alerter les parents sur les dangers de la surexposition aux écrans chez les enfants de 0 à 4 ans.

Depuis 5 ans les enseignants lui signalent de plus en plus d’enfants en très grande difficulté scolaire. En interrogeant les parents qu’elle reçoit en consultation, elle constate que, dans 95% des cas, il s’agit d’un problème de surexposition aux écrans : ces enfants sont exposés de 4 à 5 heures par jour, à des écrans nomades (tablette, smartphones… ) ou fixes, et souvent ont une télévision allumée en permanence dans la pièce.

Le médecin de PMI constate les symptômes suivants :

les moins de 6 ans souffrent de troubles du comportement : certains enfants sont très inhibés, sans expression. Ils peuvent rester, par exemple, le crayon à la main sans rien faire, ne pouvant prendre aucune initiative.

D’autres enfants sont très agités et ne savent pas se calmer seuls. Ils sont intolérants à toute forme de frustration.

De manière générale, ce sont des enfants qui ne bougent pas assez ; ils ne grimpent pas, ne sautent pas et peuvent avoir de gros retards moteurs.

Des dysfonctionnements apparaissent dans l’acquisition du langage : la médecin voit des enfants de 4 ans qui ne babillent pas ; ils n’ont donc pas atteint le niveau de langage un enfant de 9 mois.

D’autres parlent, mais de manière inadaptée. Si on leur pose une question, par exemple, ils ne répondent pas à la question correctement. D’autres sont écholiques : ils répètent tout ce qu’on dit sans en comprendre le sens.

Or, si les enfants ne développent pas toutes les fonctions du langage, ils ne pourront pas apprendre à lire et à écrire : le langage est un préalable indispensable à la lecture.

L’arrivée des écrans dans nos vies pose également un problème d’interactions humaines dans les premières années de certains tout jeunes enfants : les parents sont moins disponibles quand ils regardent leurs téléphones, et diminuent les moments primordiaux d’interactions avec leurs enfants.Les petits de moins de 5 ans ne peuvent apprendre que par l’utilisation des 5 sens.

Les enfants ont besoin de passer par là pour développer leurs connexions cérébrales : entre 18 et 24 mois le cerveau opère un élagage synaptique : il élimine les connexions peu utilisées. L’hypothèse que le Dr Ducanda émet, avec d’autres professionnels, est qu’un enfant qui est surstimulé par les écrans de manière inadaptée supprimera les connexions de la motricité fine, de la communication, au profit d’autres, inadaptées, créées par la stimulation de l’écran.

Avec des dizaines de praticiens, et soutenue par le Pr Marcelli, le Dr Ducanda a créé le collectif CoSE (Collectif Surexposition écrans). Sans être technophobes, ils dénoncent la surexposition aux écrans.

Cela ne signifie pas que l’enfant n’a pas le droit aux écrans, mais qu’il faut savoir que ce n’est pas une activité comme les autres. Leur consommation soit être raisonnable, limitée et négociée sur la base de règles claires.

Un vrai défi pour les parents !

Tiré du BubbleMag n°49 — Dossier « Les enfants et les écrans » — automne 2018

https://www.bubblemag.fr/le-mag/#lire

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