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Les 3 suggestions du chef Blanquer

Au menu des grandes réformes, mitonnées par le Comité d’action publique 2022 (Cap 22), le ministre Blanquer a choisi 3 axes majeurs qui seront discutés jusqu’en 2019.
Tout en savourant les dernières miettes de vacances, voici un petit apéritif de la rentrée :

  • friandises pour professeurs : saupoudrage de primes en REP+ et heures supplémentaires facilitées pour tout le monde ;
  • dégustation d’établissements, passés au grill de l’évaluation ;
  • plat de résistance : la formation des enseignants.

Des heures supplémentaires et des primes en REP+.

Ces deux mesures font couler beaucoup d’encre. Le ministre fait un geste symbolique, mais ça ne va pas remplir l’assiette.

Jusqu’à présent, la gestion des heures supplémentaires était compliquée ; un professeur désirant grappiller quelques heures pour gagner un peu plus ne trouvait pas toujours oreille attentive dans les rectorats. Elle sera simplifiée pour tout le monde, d’accord, c’est une bonne chose.

Sauf que peu d’enseignants pourront réellement en bénéficier.

Pour beaucoup, faire des heures supplémentaires est impossible. Ils sont déjà aux fourneaux 44 h par semaine en moyenne !

La prime pour les REP+ n’est, elle aussi, qu’un léger saupoudrage.

Certes, les professeurs gagneront 1000 € en plus la première année, 2000 € l’année suivante puis 3000 €…Cela empêchera peut-être la rotation, en les retenant sur place…

… mais cela ne concernera que 6 % des enseignants.

Et je trouve la sauce un peu aigre. Par ces primes, certains peuvent mal les interpréter : « on ne vous récompense pas pour votre capacité à bien enseigner à des jeunes plus compliqués à gérer, mais pour votre figuration dans certains lieux où on a du mal à trouver des candidats ».

L’évaluation des établissements

Ah ! Voilà quelque chose de plus appétissant.

L’évaluation annoncée des établissements est une bonne piste dont les modalités seront discutées en 2019.

SOS Éducationy sera particulièrement vigilante, car c’est une idée que nous défendons depuis longtemps.

Elle pourrait faire peur aux enseignants, mais je crois vraiment qu’ils ont tout à y gagner (et les élèves aussi).

C’est l’inverse de la subvention aveugle et arbitraire : on ne décrète plus qu’un établissement « va bien », sous prétexte qu’il n’est pas REP+ et qu’il ne fait « pas de vague », alors qu’il a cruellement besoin d’aide.

Et pas seulement d’aide financière, d’ailleurs : beaucoup auraient besoin d’un renfort pédagogique ou disciplinaire, ponctuel ou régulier.

L’inspection perdrait naturellement son acidité et ressemblerait davantage à du conseil (c’est déjà le cas dans certains lieux, grâce à quelques inspecteurs honnêtes). Les bonnes pratiques pourraient alors s’échanger.

Cela permettrait aussi deresponsabiliser les chefs d’établissement, qui auraient moins tendance à être « petit chef », à penser à leur carrière ou à laisser couver les feux au lieu de les éteindre.

Un petit regret : le recrutement et le système à point resteront lourdement bureaucratiques. Et il n’est pas à l’ordre du jour de toucher au statut des enseignants.

La réforme de la formation des enseignants

Je vous ai gardé le meilleur pour la fin.

On n’ose y croire, tellement on l’attendait.

La formation des enseignants est une calamité depuis des décennies. On avait cassé le moule des IUFM, mais on l’a recollé dans les ESPE.

Le ministre Blanquer s’attaque à un gros morceau et c’est une annonce rafraîchissante.

La formation initiale, d’abord, seraavancée.

Afin d’accroître le vivier (on manque cruellement de professeurs de mathématiques et de langues vivantes, par exemple), un prérecrutement permettra aux jeunes de se diriger vers l’enseignement dès la deuxième année de licence, où ils seront accompagnés spécifiquement jusqu’au master 2.

Ils ne seront plus lâchés en haute mer pour apprendre à nager : un tuteur « en contact avec les élèves » les épaulera pour qu’ils prennent les bons réflexes.

La formation continueserarenforcée.

C’est ce qu’annonce le ministre :

« Nous voulons qu’elle bénéficie à tous les professeurs et se passe le moins possible pendant le temps scolaire pour ne pas nuire aux élèves », a déclaré Jean-Michel Blanquer. Elle doit valoriser les enseignants « dans leur carrière et sur le plan financier ».

Il était temps !

Cette annonce est prometteuse, mais tout reste à préciser :

  • Où le ministre va-t-il trouver les formateurs ?
  • Sur quels critères seront-ils choisis ?
  • Quels seront les contenus des formations ?

Voilà les sujets cruciaux sur lesquels nous devrons êtreparticulièrement vigilants.

SOS Éducationalerte depuis des années de cette nécessité absolue de la formation. L’association rassemble de nombreux professeurs avides dese perfectionner ; c’est pour cela que nous avions lancé les Ateliers. Et c’est aussi dans cette perspective que nous avons publié le Guide des manuels syllabiques, à destination des professeurs de CP.

Il est urgent d’entourer les professeurs de spécialistes de la transmission des connaissances. Et particulièrement pour ceux en charge des plus petits. Imaginez : un million de synapses se créent chaque seconde dans un cerveau de 3 ans. Un rythme qu’on ne retrouve plus ensuite. La plasticité cérébrale est alors maximale. En face, les enseignants ont un rôle magistral. Il faut qu’ils soient formés et payés en conséquence !

Le menu de cette rentrée est prometteur. Il reste à passer à table.

À vous – et à SOS Éducation avec vous – d’y participer avec ardeur !

Bon appétit !