Loi pour l'école : ce que vous en avez pensé

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Loi pour l'école : ce que vous en avez pensé

Loi pour l’école : ce que vous en avez pensé

Chère amie, Cher ami,

Vous avez été nombreux à commenter mes 3 billets sur le projet de loi de Jean-Michel Blanquer sur l’École de la confiance.

Je vous en remercie infiniment, car vos retours enrichissent notre réflexion, et nous permettent d’ajuster nos actions.

Concernant l’école obligatoire à 3 ans :

Vous avez souhaité m’alerter sur l’école obligatoire à 3 ans : pour vous l’école à 3 ans, c’est un NON ferme !

Je trouve les arguments de Marie-Anne particulièrement convaincants sur ce sujet :

« […] École obligatoire à 3 ans : mais c’est un scandale absolu !!! Je suis navrée si je choque, mais je l’écris tel que je le pense : c’est de l’embrigadement. Certes, la plupart des enfants sont déjà scolarisés à trois ans, mais les parents ont le CHOIX. […]
En outre, je suis persuadée qu’un enfant vivant dans un milieu équilibré et raisonnablement instruit en apprendra autant en restant dans sa famille qu’en allant en petite section.
Et que dire de l’aspect psycho-affectif ? De nombreux travaux, notamment en neurosciences, ont alerté sur la violence, pour un petit de cet âge, du passage dans un milieu « collectif ». Du jour au lendemain, l’enfant doit « faire confiance » à un tas d’adultes inconnus […] en étant en plus noyé dans un groupe d’une trentaine d’autres enfants !
[…] Comment voulez-vous consacrer suffisamment de temps à chaque enfant dans les conditions actuelles ? À un âge où c’est la relation en face-à-face qui est la plus adaptée !
À ce sujet, l’argument « c’est bon pour le langage » ne tient pas une seule seconde : trente enfants, une maîtresse, […], je vous laisse compter combien de minutes la maîtresse pourrait consacrer à parler avec chaque enfant – car c’est très bien d’entendre parler, mais ce n’est pas suffisant : pour apprendre à parler, il faut être en situation duale. Certes, c’est mieux que rien pour certaines familles, mais qu’on ne dise pas que c’est bénéfique pour tous les enfants. »

SOS Éducation a toujours farouchement défendu la liberté de choix des parents. Et il est vrai qu’une telle obligation va à l’encontre de cette liberté fondamentale qui est si importante pour nous…

Cela dit, l’obligation de scolarité n’impose pas l’inscription dans une école maternelle : l’école à la maison reste encore possible.

Vous êtes nombreux, comme Marie-Anne, à craindre une mainmise de l’État sur les cerveaux de vos enfants dès 3 ans.

D’ailleurs, comme le soulignent d’autres commentaires, Vincent Peillon s’en était fait une vocation : il voulait arracher l’élève à tous les déterminismes : familial, ethnique, social, intellectuel… Cela m’avait aussi fait bondir, à l’époque.

Vous avez raison de m’alerter sur ce risque, notre vigilance doit toujours rester en alerte. Je crains que le risque d’embrigadement ne soit pas une question d’âge mais de contenu des programmes, des activités proposées et des manuels. On le constate chaque jour avec des manuels orientés en histoire, en géographie, en sciences, …

Je compte d’ailleurs sur vous pour nous informer, et jouer le rôle de lanceur d’alerte, sur tous les contenus idéologiques ou les pratiques “douteuses” que vous seriez amenés à observer dans le cadre scolaire.

Tous les enfants ne bénéficient pas d’un environnement favorable pour leur développement cognitif, ce que nous rappelle Marie P. :

« Tout à fait d’accord avec ce projet ! Je suis une grand mère qui a été institutrice. Par contre pour l’obligation de l’école dès 3 ans, non ! J’ai toujours travaillé mais je n’aurais pas voulu soumettre mes enfants au régime de l’école à cet âge-là ! Faciliter davantage l’accès à l’école pour ceux qui en auraient besoin (parents ne parlant pas le français par exemple) ou bien rendre le mi-temps possible, pourquoi pas ? »

À SOS Éducation nous pensons que Marie a raison,  nous devons penser aux enfants qui évoluent dans des contextes familiaux instables qui ne leur permettent pas d’être suffisamment stimulés au niveau du langage ni d’accéder aux règles de socialisation indispensables pour avoir la bonne posture d’élève. Ces enfants gagneraient sans doute à être scolarisés plus tôt.

Concernant la revalorisation des rémunérations des enseignants :

Vous êtes très nombreux à soutenir l’augmentation de la rémunération des enseignants.

« Les propositions vont dans le bon sens. Il est urgent que l’école retrouve sa crédibilité. Cela passe nécessairement par la restauration du prestige des professeurs. […] »
Claude M.

« […] , nos salaires sont dans les derniers en Europe, après avoir été longtemps en tête (un Instituteur/directeur d’école avec le bac gagnait comme un capitaine, dans les années 60…) et donc, la France offre l’image d’une société où le savoir et ceux qui le transmettent sont les dernières roues de la charrette. […] Augmenter les salaires est la priorité qui redonnera du crédit au(x) métier(s) d’enseignement. Le reste suivra ! »
G.

« Le niveau de salaire des professeurs me paraît être l’indicateur le plus évident de l’importance de leur rôle dans la société et dans le pays.
Ce rôle important ne peut être acquis que par une formation de haut niveau et des perspectives de carrière attrayantes […] »
Gu.

Cette revendication est très fortement portée par SOS Éducation. Nous lançons un plan d’actions ambitieux pour restaurer l’image et l’autorité des enseignants et pour que leur rémunération soit revalorisée à la hauteur de  leur niveau de formation et de leur contribution à la société. Ils ont pour mission de former les citoyens de demain ! C’est indispensable pour attirer et retenir les meilleurs profils.

Consulter les 3 actions à engager immédiatement pour revaloriser le métier d’enseignant :

Notre plan d’action pour revaloriser le métier d’enseignant

Concernant les INSPE :

Dans la lignée du point précédent vous avez été très nombreux à réagir sur la nécessité d’améliorer la formation et le niveau de recrutement des professeurs. Tout en étant très sceptiques sur le changement de nom de l’institut de formation. Ces nouvelles structures de formation prévues dans le projet de loi, seront-elles à la hauteur ? Pour l’instant aucune information sur le contenu, les enseignants formateurs, …

« En ce qui concerne les professeurs des écoles, il y a urgence à mieux les former en mathématiques, étant donné que 80% d’entre eux ont obtenu des licences de lettres, langues, histoire ou sciences de l’éducation. […] »
Jeanne

« Professeur des écoles, depuis 5 ans, je suis très sensible à la « formation ». Trop théorique, conceptuelle, elle ne nous permet pas d’arriver dans une classe de manière sereine, Trop peu de cours sur l’organisation concrète d’une journée de classe, du jargon oui plus qu’il n’en faut. Heureusement j’avais un bon niveau en maths, français, grammaire, histoire… , ce qui m’a beaucoup aidé.
Le niveau des enseignants est primordial pour ensuite transmettre avec du bon sens, et un niveau élevé d’exigence. […]
Changer de nom les centres de formation n’est qu’un leurre à mes yeux, j’attends un réel engagement pour un socle de connaissances, en dessous duquel nul ne peut être recruter, mais aussi un recrutement plus en lien avec la personnalité, leur motivation, leur créativité, leur rigueur morale… »
Isabelle

« J’ai enseigné durant trente-cinq ans au lycée. J’ai connu très peu d’enseignants maîtrisant la matière qu’ils enseignaient. Les proviseurs n’avaient qu’un souci: pas de vagues et la réussite de tous, donc le gonflement des notes.
Je suis d’avis qu’il faut écarter les parents des conseils de classes et que le minimum requis pour enseigner au primaire comme au secondaire soit un master. Vu la valeur actuelle des diplômes c’est vraiment une nécessité.
Mais je reste particulièrement pessimiste. »
B.

«Il y a un an, j’étais professeur des écoles stagiaire […]
Ce qui ressort des échanges que j’ai pu avoir avec des étudiants du privé comme du public, c’est le manque de contenus pratiques. On fait beaucoup de théorie, mais on ne peut pas rattacher cette théorie à du vécu. L’école est loin quand on est en master ! On a besoin de choses très concrètes, basiques.
J’ai étouffé dans ce système, je me suis sentie oppressée et j’étais dans un état de stress et d’angoisse permanent. C’est horrible de sentir qu’on n’est pas à la hauteur et que nos élèves le subissent en première ligne. Je voulais transmettre, j’avais une exigence de qualité, mais je n’avais pas la formation, les moyens et dans mon cas comme dans beaucoup d’autres, il y a une hiérarchie (directeur, tuteur, conseiller pédagogique) qui nous enfonce sans cesse. Tant qu’on reste dans ce système quasi totalitaire, il n’y aura pas d’école de la confiance. »
Léa

SOS Éducation milite pour un niveau de recrutement plus élevé et une formation de qualité, avec une approche plus pragmatique de l’enseignement. La formation doit intégrer une expertise du domaine enseigné, une maîtrise des méthodes d’apprentissage, et une parfaite pratique de l’autorité et de la discipline de classe.
Une formation de haut niveau de nos futurs enseignants est cruciale pour restaurer le prestige du métier.

Depuis 5 ans SOS Éducation propose des ouvrages professionnels ainsi que les Éduc’Ateliers pour apporter une aide pratique aux enseignants. Nous avons décidé d’aller encore plus loin en proposant à la rentrée prochaine des programmes de formation plus approfondis.

Il y a urgence : nous devons aider nos enseignants en mettant à leur disposition les meilleures méthodes d’enseignement.

Je vous reparlerai prochainement de ce grand projet.

Encore un immense MERCI pour vos retours nombreux et très inspirants.

Claire Polin

Claire Polin
Présidente de SOS Éducation

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Bouchoux Jean-Paul
Invité
Bouchoux Jean-Paul

Bonjour, En ce qui concerne la rémunération des enseignants, il ne faut pas oublier dans l’équation le grand nombre de journées de vacances en France. J’ai été enseignant pendant 36 ans (+ 4 dans une école normale supérieure) et je n’ai jamais supporté qu’on me reproche mes vacances : je répondais notamment que notre salaire avait été lissé sur une année dès le début du statut des profs et des instits, donc que ces vacances étaient la juste compensation de rémunérations relativement modestes compte tenu du niveau d’études. Maintenant, ça fonctionne dans les deux sens. Revalorisation, certainement, mais comparer sans… Lire la suite »

Lezot Paulette
Invité
Lezot Paulette

Tout à fait d’accord avec ce qui est exprimé ici. Je m’inquiète du « lavage de cerveaux » dans les écoles et encore pire au niveau universitaire !!! Apprendre aux enfants à réfléchir, à prévoir ce qui découlera de leurs actions doit être « subversif ! »
Je suis atterrée d’entendre mes neveux parler de « complément de phase » là où nous donnions un nom à ces compléments. S’ils veulent étudier plus tard une langue à déclinaisons ils seront fortement handicapés. Quant aux cours d’histoire géo en alternance c’est vraiment tout faire pour les couper de notre histoire. Pour moi c’est un « crime » contre la jeunesse.

davalf
Invité
davalf

Je réagis à une question qui n’est pas traitée dans ce mail: le remplacement des livres par une tablette…..Cette aberration sera opérationnelle dans le lycée de mes filles, dans l’académie de Nice, dès la rentrée prochaine. Le temps passé devant les écrans par nos chères têtes blondes est depuis longtemps déjà au cœur des préoccupations des parents, et là on a carrément décidé de virer les livres au lycée, malgré le désaccord exprimé par de nombreux professeurs et géniteurs. Quel recours avons nous?

VERIN
Invité
VERIN

c’est très bien de repenser à la formation de nos enseignants mais avec quelle méthode et surtout pour quels programmes bientôt imposé par L’EN : à savoir « le commoncore de microsoft » !!!

retraite
Invité

Pierre GALLIEZ. 80 ans. Directeurs d’école à la retraite. Je suis entré dans l enseignement à l’âge de 19 ans..directement avec le bac…on manquait d’enseignants en 1958!!! Avec un CP!!! (lecture..méthode syllabique..on y apprenait la table de multiplication par 2…..Mes parents étaient instituteurs dans un petit village où j’avais passé mon enfance…et écolier ( avec papa er maman!). En 1959, mon père esr décédé..et j’ai été nommé à la place de mon père….. j’avais à paine 20 ans , avec des élèves de 10 à 14 ans…frère et soeurs de mes copains et copines du village! « Pierrot » était devenu « Monsieur »…Ce… Lire la suite »

GautierB
Invité
GautierB

Bonjour, Je réagis à B., qui a enseigné 35 ans au lycée. J’ajouterai qu’on ne peut pas attirer au collège et au lycée des enseignants « maîtrisant la matière qu’ils enseignent » quand l’inspection académique s’est donnée pour but de bannir les enseignements magistraux au profit des travaux de groupe, des activités de découverte, des corrections croisées et de l’effacement des professeurs en classe. Certes, un brillant intellectuel ne fera pas non plus un bon professeur s’il n’a pas une solide approche pédagogique pour transmettre ses connaissances efficacement. C’est donc sur ce dernier point qu’une formation continue serait à prévoir dans le… Lire la suite »

david mouloud
Invité
david mouloud

Bonne réflexion, bravo.
Vous devriez rappeler que l’Etat s’est approprié l’éducation de nos enfants par l’école en instituant « l’Education nationale » alors que la fonction de l’école est d’Enseigner.
L’éducation, en effet reste ou devrait rester le rôle des parents et de la famille.

L’évaporation des valeurs, la tolérance de tout sous prétexte d’égalité, résultent de ce transfert qui multiplie les impacts chez nos enfants.

david mouloud
Invité
david mouloud

Bonne réflexion, bravo.
Vous devriez rappeler que l’Etat s’est approprié l’éducation de nos enfants par l’école en instituant « l’Education nationale » alors que la fonction de l’école est d’Enseigner.
L’éducation, en effet reste ou devrait rester le rôle des parents et de la famille.
L’évaporation des valeurs, la tolérance de tout sous prétexte d’égalité, résultent de ce transfert qui multiplie les impacts chez nos enfants. Cette méthode de contrôle se nomme le communisme.

BOISSIER
Invité
BOISSIER

Mes 35 années de prof en lycée professionnel, me permettent les suggestions suivantes: -l’école à 3 ans. Oui le choix pour les familles en difficulté. -revaloriser les rémunérations des enseignants. Oui, mais pas que… -améliorer: -le recrutement (minimum master), mais surtout détecter les postulants réellement motivés par ce métier. -la formation initiale et continue (surtout pratique) par des séances de psychopédagogie en situation réelle. Donner les »outils » aux jeunes enseignants, afin qu’ils trouvent eux-mêmes les méthodes adaptées pour faire progresser les élèves les plus en difficulté. -en collège et lycée, obligation d’enseigner dans deux disciplines. Faire du principal et du proviseur,un… Lire la suite »

ROCHE JP
Invité
ROCHE JP

Bonjour, 1- L’école à 3 ans: l’objectif de l’école n’est pas d’être une garderie. Qui s’occupera des enfants qui ont un besoin urgent et s’il est trop tard ? à chacun son métier. Les cerveaux des enfants de trois ans doit ne peuvent se développer dans un « univers » collectif. Se souvenir des expériences dans certains pays. 2- La rémunération: bien sur il faut que les enseignants aient des salaires décents. Avec une échelle correspondant à leur niveau de formation et leurs expériences. Uniformes sur tout le territoire. Ceci permettra aussi de les valoriser face aux parents d’élève et de la… Lire la suite »

Claude Lenne
Invité
Claude Lenne

Je pense qu’obliger l’école à 3 ans est nocif pour les enfants, il faudrait, au contraire, que tout soit fait pour que l’enfant puisse rester avec sa mère jusqu’à 5 ans inclus. Il faudrait donner des points de retraite aux mères qui élèvent leurs enfants, on assiste à un contre sens qui consiste à obliger les mères à avoir une activité professionnelle pour payer une nourrice, ne serait il pas plus souhaitable qu’elles restent à la maison élever les enfants qui devraient donner une part et non une demie part au quotient familial car élever un enfant coûte cher. Je… Lire la suite »

LEGRAND Lucette
Invité

Enseignante à la retraite J’ai beaucoup souffert des nombreuses « Réformes de l’Enseignement » mises en place depuis 68 . Pour commencer celle de l’EDUCATION NATIONALE ,avec la suppression des leçons de morale adaptées à chaque niveau , la diminution des horaires appliqués aux apprentissages fondamentaux :lecture devenue « globale »,vocabulaire ,calcul remplacé par des Mathématiques dites modernes dont les dégâts ont perduré jusqu’au secondaire .Enfin, la suppression des notes et appréciations ,de l’examen de 6ème et des filières d’orientation Toutes ces modifications ont contribué en nivelant démagogiquement par le bas ,à fabriquer des inadaptés arrivant la tête et les mains vides à la… Lire la suite »

Chossat
Invité
Chossat

Toutes ces réflexions sont bonnes mais il manque la réflexion la plus importante:
qui commande dans l’éducation nationale? Et je suis tenté de répondre, se sont les syndicats mais pas les ministres. Voilà pour quoi il est si difficile de mener à bout des réformes qui sont souvent très importantes.